Quelques heures après la fusillade qui, selon un bilan provisoire, a fait au moins vingt morts à Las Vegas, la réalité des faits reste l’objet d’un sordide débat sur Twitter.

Si l'on en croit Twitter, on sait déjà tout de la fusillade de Las Vegas. Une marée de fake news qui mêle militantisme et opportunisme.
Si l'on en croit Twitter, on sait déjà tout de la fusillade de Las Vegas. Une marée de fake news qui mêle militantisme et opportunisme. © DR

Entre les « bots » malveillants, les twittos en mal de notoriété et les militants pro ou anti-trump, les fils Twitter sont saturés par les fake news autour de la fusillade qui, selon un bilan provisoire, a fait cette nuit au moins vingt morts et autant de blessés à Las Vegas, aux Etats-Unis.

La théorie du complot

« Un meurtre de masse est à l’œuvre et personne n’en parle », pouvait-on lire dans l’heure qui a suivi le début de la fusillade, alors même que la couverture médiatique en direct était déjà assurée.

Les secours sont évidemment alertés par Twitter, toujours en veille :

D’autres, avant que les coups de feu n’aient cessé, avaient déjà identifié le(s) tireur(s). Pour certains, un terroriste islamiste : de l’information « probable » – « la possibilité de multiples terroristes musulmans » –, on glisse assez vite à l’identification formelle : « Un terroriste musulman a canardé un festival de musique à Las Vegas. »

S’agit-il de Samir Al-Hajeed, 32 ans, Américain converti à l’islam, ou bien de Sam Hyde alias Stan Hider, 30 ans, membre du Ku Klux Klan, qui aurait par le passé agressé des gens de couleur ? Une photo, deux histoires, et rien de bien solide.

Le site Forbes racontait déjà en juin comment le site de partage 4chan avait donné vie à un personnage imaginaire, le bouc émissaire responsable de toutes les tueries de masse. Il avait donné lieu à une série de memes baptisés “Sam Hyde is the shooter”.

Les portés disparus

Le jeune (apparemment) Jack Sins, « amateur de sports », signale, effondré, que son père a disparu. Matinal, le Britannique aux 5 followers publie cette information alors que la fusillade bat son plein. Pas de chance, raconte l’excellente @RVAwonk sur Twitter, l’enfant était lui-même désespérément recherché par son papa lors de la fusillade de Manchester, en mai dernier.

Le troll à l’origine de cette fausse information n’a d’ailleurs pas tardé à expliquer son geste :

Je pense que vous savez pourquoi [j’ai fait ça]. Pour les retweets.

Johnny Sins, le nom de scène de cet acteur porno, s'est d’ailleurs excusé, peut-on lire sur le site Mashable.

@Pumaexiliado, lui, cherche son « frère » dans les parages du Mandala Bay, à Las Vegas. On le cherchait déjà il y a deux semaines (https://twicopy.org/chingastumadre\_/) au Mexique.

Les militants opportunistes

« Les armes ne tuent pas les gens, c’est la fake news ultime », proclame un message sur Twitter.

Un message publié en réponse aux nombreux partisans de la NRA (le lobby américain des armes à feu), qui rappellent en masse que « les criminels ont des armes, les citoyens [innocents] non. »

Depuis le début de la fusillade, c’est le débat le plus nourri. Où l’on peut voir s’opposer les « techniciens », ceux qui sont, à l’oreille, capables de détecter le caractère légal ou illégal du fusil d’assaut mis en œuvre, aux pro-« gun control », qui appellent les fous de la gâchette à bannir les armes plutôt qu’à appeler à la prière (#Pray4Vegas)

De son côté, @ForgetfulHamstared oute le réveil du président Donald Trump, traditionnellement riche en publications « sur le vif » :

D’autres, comme @rrigs, interpellent directement @realdonaldtrump :

Réveillez-vous Donald Trump et condamnez cet acte terroriste. L’occasion d’instaurer un véritable contrôle des armes.

Car c’est « la NRA qui tue des Américains », estime un autre twittos.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.