[scald=69169:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Laurent Gbagbo, qui aura à répondre devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye d'accusations de crimes contre l'humanité, est le "prisonnier de la France", a déclaré mercredi un conseiller de l'ancien président ivoirien.

Le conseiller, Toussaint Alain, a accusé la France d'avoir joué un rôle actif dans le transfert vers La Haye de Laurent Gbagbo et d'avoir instrumentalisé la CPI pour des raisons politiques.

"C'est une parodie de justice", a dit Toussaint Alain à Reuters. "Il (Laurent Gbagbo) a tenu tête au gouvernement français, il a fini par être un os dans la gorge de M. Chirac et de M. Sarkozy, il fallait l'expulser de Côte d'Ivoire, c'est tout.".

De sa résidence de Korhogo, dans le nord de la Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo a été conduit vers Abidjan - à bord d'un appareil militaire français, selon Toussaint Alain - avant de s'envoler pour les Pays-Bas, où il a été transféré mercredi au centre de détention de la CPI à la Haye.

Le conseiller de Laurent Gbagbo a dénoncé une "parodie de justice" orchestrée, selon lui, par la France, ancienne puissance coloniale de la Côte d'Ivoire.

"Le président Gbagbo est le prisonnier de la France", a dit Toussaint Alain. "C'est le gouvernement français, ce sont les autorités françaises qui ont été à la manoeuvre depuis des années pour empêcher que le président Gbagbo gouverne. Nous savons aujourd'hui que la rébellion était en réalité soutenue par les autorités françaises.

"Comme pour faire la leçon au président Gbagbo, qui a refusé de se coucher devant le président Sarkozy, qui lui avait demandé de quitter le pouvoir, on l'amène à la CPI pour lui faire la leçon et envoyer également un signal aux autres dirigeants africains qui seraient également tentés par quelque velléité d'autonomie."

"INSTRUMENTALISÉE"

La CPI a été créée en 2002 "pour contribuer à mettre fin à l'impunité des auteurs des crimes les plus graves qui touchent la communauté internationale", comme le dit son site internet.

Elle enquête depuis octobre sur les violences qui ont suivi la victoire d'Alassane Ouattara à l'élection présidentielle de novembre 2010 en Côte d'Ivoire, résultat entériné par la communauté internationale mais que Laurent Gbagbo a refusé de reconnaître.

Selon le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, le conflit de l'hiver et du printemps dernier a fait au moins 3.000 morts auxquels s'ajoutent 520 arrestations arbitraires. La guerre a pris fin avec la capture de Laurent Gbabgo le 11 avril et son placement en résidence surveillée à Korhogo.

Le conseiller de Laurent Gbagbo a remis en cause l'indépendance de la CPI en affirmant que la France avait joué un rôle majeur dans les événements des derniers jours.

"C'est un moment important de l'histoire entre la France et la Côte d'Ivoire", a dit Toussaint Alain. "Personne n'est dupe, M. Ouattara n'est pas puissant au point d'envoyer le président Gbagbo à la Cour pénale internationale.

"La CPI est instrumentalisée par la France puisque le ministre français de la Justice était il y a encore quelques jours à la Cour pénale internationale où il a rencontré des juges de la CPI", a-t-il ajouté.

Patrick Vignal, avec Pauline Mével, édité par Yves Clarisse

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