par Tim Cocks et Vanessa Romeo

ROTTERDAM (Reuters) - Laurent Gbagbo a été transféré mercredi devant la Cour pénale internationale près de huit mois après sa capture par les forces de son rival Alassane Ouattara au terme d'un bref mais sanglant conflit armé.

A la tête de l'Etat ivoirien de 2000 jusqu'à son arrestation, il est le premier ancien chef d'Etat remis à la CPI, qui a parallèlement inculpé le président soudanais Omar Hassan al Bachir pour des crimes au Darfour.

La Cour pénale internationale, créée en 2002 "pour contribuer à mettre fin à l'impunité des auteurs des crimes les plus graves qui touchent la communauté internationale", comme l'indique son site internet, n'a pas fait connaître les charges retenues à l'encontre de Laurent Gbagbo, qui est âgé de 66 ans.

Elle enquête depuis octobre sur les violences qui ont suivi la victoire d'Alassane Ouattara à l'élection présidentielle de novembre 2010, résultat entériné par la communauté internationale mais que Gbagbo a refusé de reconnaître.

Selon le procureur de la CPI Luis Moreno-Ocampo, le conflit de l'hiver et du printemps dernier a fait au moins 3.000 morts auxquels s'ajoutent 520 arrestations arbitraires.

La guerre a pris fin avec l'arrestation de Laurent Gbabgo le 11 avril et son placement en résidence surveillée à Korhogo, dans le nord de la Côte d'Ivoire.

Luis Moreno-Ocampo a indiqué à la mi-octobre que son enquête se concentrait sur deux à six personnes considérées comme les principales responsables, sans citer aucun nom.

D'après un conseiller du président déchu, Toussaint Alain, le mandat d'arrêt international visant Gbagbo a été délivré le 23 novembre dernier.

UNE "MANOEUVRE POLITIQUE"

De sa résidence de Korhogo, l'ancien président a été conduit mardi par hélicoptère vers une destination secrète, puis transféré dans un avion qui s'est envolé pour les Pays-Bas, a-t-on précisé de sources militaires.

L'avion est arrivé en milieu de nuit à Rotterdam. Laurent Gbagbo a ensuite été conduit jusqu'au centre de détention de La Haye, a constaté un journaliste de Reuters.

Son extradition intervient à moins de deux semaines des élections législatives du 11 décembre.

Selon Toussaint Alain, ce transfert n'est qu'une manoeuvre désignée à liquider politiquement Laurent Gbagbo.

"A un peu plus d'une semaine des élections législatives en Côte d'Ivoire, (ce transfert) risque d'attiser encore les tensions existantes dans le pays et les exactions dont sont régulièrement victimes les partisans du Front populaire ivoirien (FPI)" de l'ex-président, a déploré Lucie Bourthoumieux, l'un des avocats de l'ancien chef de l'Etat, dans un communiqué diffusé à Paris.

Justin Koné, porte-parole de Laurent Gbagbo interrogé en Côte d'Ivoire, a quant à lui dénoncé "un acte grave" que les Ivoiriens n'accepteront pas.

Le FPI boycotte les législatives pour protester contre la détention d'un grand nombre de ses partisans.

Les miliciens qui soutenaient Laurent Gbagbo ont pour la plupart pris la fuite, déposé les armes ou choisi de se cacher, mais la colère de la population, en particulier dans l'ouest du pays traditionnellement favorable à l'ancien président, peut éclater à tout moment.

Le mandat d'arrêt de la CPI "rappelle aux dirigeants ivoiriens que personne ne doit être au-dessus des lois", s'est félicité Human Rights Watch, qui rappelle que des exactions ont également été commises par le camp d'Alassane Ouattara.

"Les efforts déployés pour traduire en justice ceux qui ont combattu dans les forces fidèles à Ouattara sont également essentiels", ajoute Elise Keppler, conseillère juridique du mouvement de défense des droits de l'homme, dans un communiqué.

En septembre dernier, Alassane Ouattara avait annoncé que Laurent Gbagbo serait jugé par la CPI.

L'ex-chef de l'Etat et son épouse ont été inculpés le 18 août de crimes économiques. Les charges retenues sont "infractions économiques, vol aggravé, pillage, détournement de fonds publics".

"Il sera jugé bien sûr en Côte d'Ivoire pour les crimes économiques dont il a déjà été inculpé, et il sera également jugé par la Cour pénale internationale, à notre demande, pour que le procès soit transparent", avait dit Alassane Ouattara sur TF1.

Avec Gérard Bon à Paris, Ange Aboa à Abidjan; Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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