Pour Laurent Nunez, le patron de la DGSI, le nouvel arsenal proposé dans la loi antiterroriste, et notamment les perquisitions hors état d'urgence, servent la sécurité nationale.

Laurent Nunez est depuis juillet 2017 à la tête de la DGSI, le service en charge de la lutte antiterroriste.
Laurent Nunez est depuis juillet 2017 à la tête de la DGSI, le service en charge de la lutte antiterroriste. © AFP / Lionel Bonaventure

En quoi, parmi les nouveaux outils proposés par la loi, les visites domiciliaires servent-elles la lutte antiterroriste ?

Laurent Nunez, directeur de la DGSI (Direction générale de la Sécurité intérieure) : Il faut avoir à l'esprit que, parfois, parce que nos renseignements proviennent de sources humaines, parce qu'ils proviennent d'un partenaire étranger et parce que, même si nous connaissons la menace, nous n'arrivons pas à la matérialiser de manière suffisamment précise, nous devons pouvoir disposer d'outils de police administrative qu'étaient les perquisitions administratives. Demain, les visites domiciliaires nous permettront de nous rendre dans des lieux dont nous soupçonnons qu'ils sont fréquentés par des individus menaçants, dangereux. Nous pouvons nous y rendre et, donc, recueillir des éléments qui nous permettront de caractériser cette menace et de saisir le juge judiciaire.

Notamment entre minuit et 6h et c'est ça qui ne se faisait pas avant l'état d'urgence…

Ce qui est important, c'est de bien avoir à l'esprit que le but du travail de renseignement, c'est d'aller à l'action judiciaire. Ces mesures de police administrative nous sont indispensables dans un certain nombre de circonstances : chaque fois que la menace est vraiment imminente, ou chaque fois que le travail de renseignement n'a pas pu nous permettre de réunir suffisamment d'éléments... Les perquisitions administratives telles que nous les pratiquons ces dernières semaines sont beaucoup plus ciblées, puisque une grande partie d'entre elles, près d'une sur deux, se traduisent par des poursuites judiciaires.

Elles visent vraiment des individus dont nous savons que la menace existe pour lesquelles nous n'avons pas encore réuni suffisamment d'éléments pour nous présenter devant le procureur de la République. Mais nous savons que la menace est là, donc nous demandons au préfet de diligenter une perquisition administrative. Demain, ce sera auprès du juge des libertés.

L'intérêt, c'est de pouvoir très rapidement intervenir dans un domicile parce que nous connaissons, nous savons qu'il y a une menace.

Comment évaluez-vous cette menace aujourd'hui? Les outils qui sont en train d'être votés correspondent-ils précisément aujourd'hui à cet état de menace, sachant que l'on dit qu'elle est en constante évolution ?

Il y a deux types de menaces aujourd'hui qui pèsent sur notre territoire au titre du terrorisme islamique sunnite. C'est la menace endogène, d'une part, c'est-à-dire des individus qui n'ont pas pu se rendre sur zone qui en ont été empêchés grâce tout le tout le dispositif qui a été mis en place. Ou alors des individus qui n'ont pas eu l'intention de se rendre sur zone, qui n'ont jamais été détectés, et qui, alimentés par la propagande de Daesh, décident de passer à l'action. C'est ce que l'on appelle la menace endogène, qui peut survenir à tout moment et qui concernera des individus que nous n'aurons pas forcément détectés en amont. Donc il faut agir de manière urgente et, bien évidemment, les outils qui sont mis à notre disposition par la loi, notamment les visites domiciliaires, permettront de répondre à cela. Et puis la menace, il ne faut pas oublier qu'elle est aussi exogène. L'organisation État Islamique, mais également Al-Qaïda, n'ont renoncé à projeter des équipes sur le territoire national, comme en Europe d'une manière générale. Nous sommes donc toujours attentifs à cette menace exogène.

Lorsque vous faites allusion à des à des personnes non détectées au départ par vos services, vous faites allusion à Barcelone ?

L'exemple de Barcelone a de quoi interpeller. On a un groupe d'individus qui, a priori, n'étaient pas connus, qui était composé de fratries, d'amis, et qui ont pu fomenter un projet en restant en dessous des écrans radar.

On est typiquement dans ce que peut être une menace endogène et, dans ce genre de situation par exemple, il nous faut mettre en œuvre des techniques de renseignement quand nous avons un indice de préparation d'actes d'une telle ampleur. Mais quand ces indices ne peuvent être réunis par les techniques de renseignement, il faut agir vite.

Par rapport à Villejuif c'est pareil ?

Le cas de Villejuif est identique puisqu'il était fomenté pour partie par des individus qui n'étaient pas connus. Je dis bien pour partie.

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