PARIS (Reuters) - L'ex-présidente du directoire d'Areva Anne Lauvergeon a demandé mercredi à la justice de désigner un expert pour examiner les conditions dans lesquelles le groupe a commandé en 2010 une enquête liée à l'acquisition controversée de la société minière Uramin.

Le tribunal de grande instance de Paris (TGI) a fait savoir qu'il rendrait sa décision le 29 février.

Anne Lauvergeon et ses avocats estiment que les destinataires du rapport, commandé à la société Apic, n'ont pas respecté les règles internes d'Areva.

Ils leur reprochent notamment de ne pas avoir alerté les organes de contrôle du groupe alors que le rapport d'Apic concluait à une possible "escroquerie" dans le cadre du rachat d'Uramin.

Les avocats d'Anne Lauvergeon estiment en outre que le rapport d'Apic cause à leur cliente "un tort considérable en termes d'image et de réputation".

Ils font également valoir qu'il a été à l'origine en 2011 d'une nouvelle enquête qui aurait donné lieu à un espionnage présumé du mari de l'ancienne présidente d'Areva, Olivier Fric, visant à déterminer si ce dernier avait bénéficié illégalement du rachat d'Uramin.

"Le rapport Apic joue semble-t-il un rôle central puisque c'est la pseudo-justification de l'utilisation de moyens illégaux (ensuite)", a déclaré à des journalistes Anne Lauvergeon, présente mercredi au TGI.

LAUVERGEON DÉFEND DE NOUVEAU L'ACHAT D'URAMIN

L'avocat d'Areva, Jean Reinhart, a de son côté estimé lors de l'audience que le rapport d'Apic ne mettait pas en cause Anne Lauvergeon.

"On ne peut pas se victimiser à chaque instant", a-t-il dit. "Est-ce qu'il y a un motif légitime de venir chercher un expert? Pour quoi faire? (...) Madame Lauvergeon n'a pas pu subir un préjudice du fait du rapport Apic."

L'avocat d'Apic a de son côté seulement demandé le respect de la clause de confidentialité liant la société à Areva.

Le dirigeant d'Apic a accordé début 2012 une interview au journal Le Parisien.

L'achat d'Uramin en 2007 pour 2,5 milliards de dollars (1,7 milliard d'euros) a contraint Areva à inscrire dans ses comptes en 2010 et 2011 des provisions d'un montant total proche de 1,9 milliard d'euros pour tenir compte de la dévalorisation de ses actifs consécutive notamment à une baisse des cours de l'uranium.

Trois juges vont par ailleurs se pencher ce mercredi sur un accord prévoyant le versement des quelque 1,5 million d'euros d'indemnités de départ qu'Anne Lauvergeon réclame à son ancien employeur.

Pour que ces indemnités puissent être payées, l'accord doit en particulier être validé par le ministre de l'Economie François Baroin.

"Mes indemnités de départ n'ont toujours pas été payées huit mois après mon départ mais je dois dire que la mise en cause de ma compétence et de mon intégrité sont des choses encore plus importantes", a déclaré Anne Lauvergeon, écartée en juin de la direction d'Areva et remplacée par Luc Oursel, jusqu'alors numéro deux du groupe.

L'ex-présidente du directoire d'Areva a en outre de nouveau défendu le rachat d'Uramin et jugé normal que ce type d'opération puisse donner lieu à des dépréciations.

"L'acquisition d'Uramin a été faite au plus haut de la courbe des matières premières (...) La dépréciation d'actifs décidée par le nouveau directoire (...) est un élément tout à fait classique dans les grands groupes miniers", a-t-elle dit.

Le parquet de Paris a par ailleurs ouvert fin 2011 une enquête préliminaire à la suite d'une plainte contre X déposée par Anne Lauvergeon pour l'affaire d'espionnage présumé.

Benjamin Mallet, édité par Dominique Rodriguez

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