Dés le Haka, on avait compris que les Français étaient dans un grand jour. Enfin transgressifs, ils avaient renoué avec une pratique désormais interdite: ils avançaient, disposés en V derrière leur capitaine, Dusautoir, épique chevalier blanc, vers des Néo-Zélandais récitant leur chorégraphie pour touristes en goguette. Et ils ont avancé comme ça pendant les 80 minutes d'un match disputé, enfin, à leur véritable niveau.

En fin de match, c'est bien la peur qu'on pouvait lire sur les visages du pénible Mac Caw, du talentueux Dagg ou du rugueux Read. Les spectateurs de l'Eden Park n'ont certes pas l'habitude de voir ainsi leurs champions jouer, non pour gagner, mais pour ne pas perdre, avec un esprit digne d'un derby de Fédérale 3, pourrissant toutes les sorties de balles sous l'oeil un tantinet ... bienveillant de l'arbitre dont le nom ne mérite pas de rentrer dans l'Histoire!

Mais finalement la logique, contrairement aux Néo-Zélandais, a été implacable. Cette Coupe du Monde DEVAIT revenir aux enfants de ce pays, meurtri par un tremblement de terre et soudé dans l'adversité ;un pays de 4 millions d'âmes et de 4 millions de joueurs, confits dans la dévotion de leur équipe, qui d'ailleurs a bien été, tous comptes faits, la meilleure de tout le tournoi. Sortir battu mais la tête haute est toujours une frustration. Gagner petitement, comme l'ont fait les Blacks, reste la finalité dans une grande compétition. Marc Lièvremont ne sera pas l'Aimé Jacquet du rugby. Mais les joueurs qui ont disputés cette énorme finale, s'ils ne restent pas dans l'Histoire, resteront au moins dans les coeurs de tous les amoureux du rugby comme les plus épatants des perdants.

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