82.6 milliards de profits, le niveau de 2007 (96 milliards) sera bientôt rattrapé. La moitié partira en rente, en dividendes versés aux propriétaires, aux « marchés » si vous préférez, ces fameux marchés qui font trembler la Grèce. Deux tiers de cette moitié partira à l’étranger, car le CAC est possédé aux 2/3 par des étrangers. Les dividendes ont progressé de 13%, les salaires de 2%. Les salariés payent pour les rentiers. Si vous regardez bien : Total surfe sur l’obligation de se déplacer en voiture, BNP sur celle d’avoir de l’argent, Sanofi sur le désir de se soigner. Ces gens ne fournissent pas un service, ils rackettent. Ils taxent une consommation obligatoire. C’est particulièrement vrai pour BNP-Paribas, qui possède le privilège honteux de battre monnaie, de fabriquer gratuitement l’argent qu’il vous vend cher, privilège autrefois réservé au Trésor Public. Ou va cet argent ? Pour plus de la moitié, dans les poches des rentiers. Il est distribué en dividendes. A titre d’information : les dividendes du CAC ont augmenté de 13% depuis 2010, les salaires, eux, de 2%. Ces rentiers sont des français ? Non, des non-résidents, pour les 2/3. Ce n’est même pas de l’argent qui revient en France. Tout de même, ces grandes entreprises emploient beaucoup de monde ? Oui, 10% de la population active française ; mais elle ne créent pas d’emplois, elles en détruisent systématiquement. Les effectifs du CAC 50 dans l’hexagone ont baissé de 44000 employés entre 2005 et 2009, alors même que l’ensemble du secteur privé à créé, dans le même temps, 200000 emplois (1). Le CAC investit à fond dans les pays émergents : la croissance des pays émergents fait le CAC (les 2/3 du chiffre d’affaires sont en Chine, au Brésil et ailleurs) et réciproquement. On peut rêver en se disant que le CAC conserve ses sièges sociaux et ses centres de recherche en France... C’est même plus vrai. Les grosses entreprises (par exemple Renault en Chine) ont tendance à transférer et leur savoir faire et leur recherche. En plus, le maintien des sièges sociaux et des centres de recherche en France coûte cher à l’Etat : le crédit impôt recherche et la faiblesse de l’impôt sur les sociétés des entreprises du CAC est un cadeau qui les incite à demeurer sur place. Mais le cadeau fiscal (les entreprises du CAC payent 12% d’impôt en moyenne contre 26% pour l’ensemble des entreprises) fait que d’autres payent l’impôt pour elles... Qui ? Les PME, les salariés. On songera que les entreprises du CAC sont des donneuses d’ordres et maintiennent en France un tissu économique et social de PME. Même pas vrai. Les sous-traitants se plaignent d’être très mal traités par les gros. Ils ne payent pas ou avec retard, piquent les brevets, piquent les meilleurs cadres, se servent des sous-traitants comme amortisseur en cas de baisse de la conjoncture. La culture industrielle française fait que les gros jouent contre les petits (ce qui n’est pas le cas de l’industrie allemande). C’est la culture des grandes écoles (pépinières pour le CAC), et elle n’est pas étrangère à ce mépris pour le PME-PMI. Le CAC tient les lobbys : lobby bancaire, Association française des entreprises privées. Certes, pour se défendre, les entreprises du CAC prétendre conserver « trop » de salariés en France (sic), enfin : trop eu égard à la part de leur chiffre d’affaire en France. Sauf qu’elles pompent allègrement tous les allègements de charges sociales. Alors, qu’est ce qu’on fait ? On taxe Total, on taxe la BNP, très fort celle-là, on ne nationalise pas, ça coûte trop cher, mais on introduit des « golden share », des droits de veto publics dans les conseils d’administration, et on redéfinit la politique des salaires. Oui, mais si on taxe trop elles vont partir... Elles partent de toutes façons, elles partent déjà et se vendent aux plus offrants ! Et puis elles ne partiront pas : ni Total ni la BNP ne partiront. Ce sont des maîtres chanteurs. (1) lire l’article de Yann Philippin dans Libé du 11/03/11

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