MARSEILLE (Reuters) - Les démêlés judiciaires de Jean-Noël Guérini continuent à empoisonner le Parti socialiste, qui semble incapable d'obliger le puissant président du conseil général des Bouches-du-Rhône à s'effacer après sa mise en examen.

La menace formulée par Jean-Noël Guérini de couper les subventions du conseil général à la communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole (MPM), dirigée par un autre élu socialiste, Eugène Caselli, a fait monter d'un cran la tension entre l'homme fort du département et ses anciens amis, provoquant de vives réactions à gauche comme à droite.

Dans une lettre ouverte aux conseillers généraux socialistes, Eugène Caselli demande lundi de contrer cette manoeuvre derrière laquelle "se cachent des motivations politiciennes qui n'ont rien à voir avec l'intérêt de nos concitoyens".

En menaçant de couper les vivres à deux projets majeurs pour Marseille -la prolongation du tramway et le réaménagement du Vieux-Port-, Jean-Noël Guérini a aussi provoqué l'ire du maire UMP de la ville, Jean-Claude Gaudin.

"Sur le plan politique, M. Guérini a franchi la ligne jaune. Il est clair que M. Guérini devrait démissionner de la présidence du conseil général des Bouches-du-Rhône", a-t-il dit lundi lors d'un point presse, accusant l'édile socialiste "de se livrer à une vendetta vis-à-vis de ses anciens amis".

Le président du groupe UMP au Sénat a interpellé François Hollande, candidat socialiste à l'élection présidentielle de 2012, pour le sommer de régler au plus vite le problème Guérini.

"S'il ne le règle pas, comment fera-t-il pour régler des affaires autrement plus difficiles auxquelles la France est aujourd'hui confrontée ?", a demandé le maire de Marseille.

Jean-Claude Gaudin au micro de Marie-Christine Lauriol

Le 2 novembre, le PS a demandé à Jean-Noël Guérini de démissionner de la présidence du conseil général de ce département en raison de sa mise en examen dans une affaire de marchés publics frauduleux.

"LE PRESSION DEMEURE", DIT LE PS

Jean-Noël Guérini, mis en examen le 8 septembre pour "association de malfaiteurs, prise illégale d'intérêt, trafic d'influence", a refusé de démissionner.

Interrogé à ce sujet lors du point de presse hebdomadaire du PS lundi, le porte-parole Benoît Hamon a déclaré que le PS continuait de faire pression sur l'intéressé.

"Nous avons demandé à Jean-Noël Guérini de démissionner. La pression demeure sur Jean-Noël Guérini, elle ne s'est pas éteinte", a-t-il déclaré.

Il a précisé qu'à sa connaissance, la commission nationale des conflits du PS, qui doit être consultée avant toute exclusion selon les statuts du parti, n'avait pas été saisie.

Le cas Guérini a fait l'objet de querelles internes au PS.

Interrogé ce matin par Patrick Cohen, Arnaud Montebourg a regretté de ne pas avoir été entendu lorsqu'il demandait son éviction avant les Cantonales.

Le député PS lance un appel aux conseillers généraux des Bouches-du-Rhône. Ils leur demande de refuser de voter le budget et de demander à Jean-Noël Guérini de partir.

Arnaud Montebourg

Jean-Noël Guérini avait été réélu au mois de mars à la tête du conseil général des Bouches-du-Rhône, un poste qu'il occupe depuis 1998.

Il avait annoncé après sa mise en examen qu'il se mettait en congé du PS, conformément aux demandes de sa formation.

Jean-Noël Guérini avait cependant délégué "temporairement une partie de ses prérogatives" au conseil général, sans démissionner de la présidence. Il a ensuite repris tous ses pouvoirs, le tribunal administratif de Marseille ayant suspendu l'arrêté sur la délégation partielle de ses pouvoirs.

L'élu s'est contenté de condamner certains agissements de son frère Alexandre, un chef d'entreprise spécialisé dans le traitement des déchets dont les pratiques sont au coeur du dossier.

Selon l'hypothèse de travail des juges, Jean-Noël Guérini aurait notamment toléré les ingérences de son frère dans des affaires relevant de la compétence du département "à des fins de clientélisme servant leurs intérêts communs".

Jean-François Rosnoblet, avec Elizabeth Pineau et Thierry Lévêque à Paris, édité par Yves Clarisse

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.