décès d'hugo chavez
décès d'hugo chavez © reuters

Le petit peuple vénézuélien pleure son héros. La dépouille d'Hugo Chavez a été transférée de l'hôpital de Caracas à l'académie militaire, où elle sera exposée jusqu'aux funérailles nationales prévues vendredi.

Il venait d'être réélu à l'automne avec 55% des voix face au candidat de l'opposition unie Henrique Capriles.

Après l'avois connu pendant 14 ans comme chef d'Etat, plusieurs centaines de milliers de personnes ont suivi le cercueil de Hugo Chavez à travers la capitale pour lui rendre hommage.

Les précisions sur place de Angèle Savino

Hugo Chavez s'est imposé comme l'une des grandes figures politiques sud-américaines, mêlant dans un tempérament extraverti une opposition acharnée aux Etats-Unis, un idéalisme révolutionnaire hérité des années 60 et une autorité qui supportait peu la contradiction.

Réélu président du Venezuela en octobre 2012 à 58 ans, Chavez entretenait une image ambivalente, celle d'un tribun socialiste soucieux du sort des pauvres pour ses partisans, celle d'un dictateur qui se grisait de ses rodomontades pour ses adversaires.

Proche des dirigeants socialistes d'Amérique latine tels que le Bolivien Evo Morales, l'Equatorien Rafael Correa et le Nicaraguayen Daniel Ortega, il entretenait une relation étroite avec son modèle, Fidel Castro, et avec le frère de ce dernier, Raul, devenu président de Cuba.

C'est d'ailleurs dans un hôpital La Havane qu'Hugo Chavez fut soigné et opéré à quatre reprises lorsque fut diagnostiqué un cancer dans la région pelvienne en juin 2011.

La carrière d'Hugo Chavez par Dominique André

Avant de devenir une figure incontrounable du continent latino-américain, Hugo Chavez s'était fait connaître en 1992, après un putsch avorté.

Le journaliste Jean-Christophe Rampal, spécialiste de l'Amérique latine, était l'invité de Patrick Boyer dans le journal de 13h.

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Des réactions du monde entier

Les hommages et condoléances se sont multipliés aujourd'hui, venant des quatre coins du monde. A commencer par l'ensemble des pays d'Amérique du Sud qui ont salué la personnalité d'Hugo Chavez, avec plus ou moins de nuances. A Cuba, le pouvoir a évidemment salué son action. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad salue un martyr de la révolution et suggére qu'il est mort d 'une maladie suspecte. vladimir Poutine s'incline devant "celui qui regardait vers l'avenir". Il faut dire sous l'emprise de sa passion anti-américaine, Hugo Chavez avait, de son vivant, milité pour le nucléaire iranien, soutenu Kadhafi jusqu'au dernier jour, et qu'il faisait de même avec le bourreau de la Syrie, Bachar al-Assad.

A Cuba, le pouvoir a évidemment salué son action. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad salue un martyr de la révolution et suggére qu'il est mort d 'une maladie suspecte. vladimir Poutine s'incline devant "celui qui regardait vers l'avenir". Il faut dire sous l'emprise de sa passion anti-américaine, Hugo Chavez avait, de son vivant, milité pour le nucléaire iranien, soutenu Kadhafi jusqu'au dernier jour, et qu'il faisait de même avec le bourreau de la Syrie, Bachar al-Assad.

Dans le monde démocratique, les hommages sont plus nuancés. Le président François Hollande salue sobrement un homme qui a profondément marqué l'histoire de son pays. En France, c'est le Front de gauche et le Parti communiste ont accompagné depuis toujours la révolution bolivarienne.

Le leader du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon salue l'un de ses héros.

Le vice-président Nicola Maduro annonce la mort de Chavez

Aujourd'hui, le 5 mars, le président Hugo Chavez Frias est mort

Au pouvoir depuis le 2 février 1999, Chavez n'a pourtant jamais réussi à imposer un régime de parti unique à la cubaine dans son pays, membre de l'Opep et premier exportateur de pétrole d'Amérique du Sud.

Mais sa pratique présidentielle, rythmée par des discours fleuves et des attaques récurrentes contre les Etats-Unis et les oligarchies financières, a souvent été dénoncée comme démagogique par ses adversaires.

Le "style Chavez", Dominique André

Affaibli par la maladie après avoir longtemps joué sur le cliché d'un homme physiquement infatigable, Chavez a pris soin de préparer sa succession, désignant dès le mois de décembre le vice-président Nicolas Maduro comme successeur et futur candidat du Parti socialiste uni (PSUV).

Beaucoup de Vénézuéliens pleurent Chavez

A Caracas, des milliers de supporters de Chavez sont descendus dans la rue. Les précisions d' Angèle Savino

Sous le choc, les partisans d'Hugo Chavez ont fondu en larmes à l'annonce de la mort du président vénézuélien, avec un seul mot d'ordre à la bouche: continuer la lutte.

Cette nuit à Caracas
Cette nuit à Caracas © Reuters / Marco Brinidicci

Des cris de "Chavez vivra pour toujours" ou "Nous sommes Chavez" ont retenti dans les rues et sur les places de Caracas où les chavistes se sont rassemblés à l'annonce du décès, mardi en milieu d'après-midi, du chantre de la révolution socialiste bolivarienne.

"Nous devons montrer qu'il n'a pas fait tout cela en vain", déclare Jamila Rivas, une femme de 49 ans en larmes devant l'hôpital militaire de la capitale où le décès de Chavez a été prononcé. Avec elle, des centaines de partisans sont regroupés devant l'établissement.

"C'était notre père. Le chavisme ne disparaîtra pas. Nous sommes son peuple. Nous continuerons la lutte", renchérit Nancy Jotiya, 56 ans, sur la place Bolivar dans le centre-ville. "Je l'admirais, c'était un grand homme", ajoute Aleida Rodriguez, une femme au foyer âgée de 50 ans, qui a appris la nouvelle en sortant du métro.

Si le chef de l'opposition, Henrique Capriles, a diplomatiquement présenté ses condoléances à la famille et aux partisans du président et appelé à l'unité, certains Vénézuéliens n'ont pas cherché à cacher leur joie.

"Enfin", ont crié plusieurs femmes en sortant de leurs domiciles d'un quartier chic de la capitale. D'autres ont ouvertement célébré sa mort sur Twitter. Beaucoup parmi les membres les plus riches de la société vénézuélienne vouaient une haine tenace au chef de l'Etat défunt qu'ils voyaient comme un dictateur.

Quelques incidents isolés ont été signalés, dont l'incendie d'un campement installé il y a une semaine par des étudiants dans une rue de Caracas pour protester contre le silence des autorités sur l'état de santé du "Comandante".

L'armée se déploie dans Caracas, l'annonce du ministre de la Défense Diego Molero

Chavez et la révolution bolivarienne

Chavez est mort
Chavez est mort © Radio France

Né en juillet 1954 dans une famille pauvre de l'Etat de Barinas dans les Llanos, les grandes plaines du sud du Venezuela, Hugo Chavez se destine à la profession de peintre puis de joueur professionnel de base-ball, un sport dans lequel il puisait des métaphores pour colorer ses discours politiques.

Lieutenant-colonel parachutiste, il décide de conspirer contre le régime en place, qu'il juge corrompu, au sein d'un "Mouvement révolutionnaire bolivarien" (MRB) qu'il fonde dans les années 1980.

En 1992, resté fidèle à l'uniforme - béret rouge et tenue de camouflage -, il se fait connaître à l'occasion d'une tentative de putsch avortée contre le président Carlos Andres Perez qui lui vaut de passer deux ans en prison, mais fonde paradoxalement sa réputation et le propulse sous les feux de la rampe politique.

Signe de sa détermination inébranlable, il reconnaît alors, juste avant son emprisonnement, que sa tentative de prise de pouvoir est un échec... "pour le moment".

Ce fils d'enseignants tient parole et revient sur le devant de la scène en décembre 1998, par la voie légale cette fois. Elu avec 56% des voix à la tête du cinquième pays exportateur de pétrole au monde, il s'attèle à mettre en oeuvre une "révolution bolivarienne".

Sa politique vise à concilier des positions marxisantes - l'égalité et la distribution de richesses - avec un nationalisme fervent inspiré de Simon Bolivar, héros des luttes pour l'indépendance sud-américaines au XIXe siècle. Pendant deux ans, il connaît une lune de miel avec le peuple vénézuélien et en 2000, il est réélu avec près de 60% des suffrages.

Ses ennemis politiques, mais aussi un front patronal et syndical, des évêques catholiques et certains officiers de l'armée dénoncent cependant sa politique "populiste".

Les partenaires sociaux estiment que ses réformes "révolutionnaires", notamment une redistribution aux plus démunis des terres agricoles inoccupées et le contrôle de l'Etat sur l'industrie pétrolière, provoquent le chômage et la fuite des investisseurs.

Une baisse progressive de popularité

Le 12 avril 2002, après le lancement d'une grève générale illimitée, Hugo Chavez est évincé du pouvoir par un bref coup d'Etat mené par une frange de la hiérarchie militaire, et le pouvoir est confié à un éphémère "gouvernement intérimaire" dirigé par le chef de la confédération patronale Pedro Carmona.

Moins de 48 heures plus tard, Chavez, soutenu par des manifestants et une partie de l'armée, regagne triomphalement son palais présidentiel de Miraflores à Caracas.

Le gouvernement américain, à qui Hugo Chavez attribue la responsabilité du coup d'Etat, restera toujours la cible privilégiée de ses longs discours, même si à partir de 2008 ses critiques contre le président démocrate Barack Obama, seront bien moins virulentes que contre son prédécesseur, le républicain George W. Bush.

Les relations Obama-Chavez par Fabienne Sintes

En août 2004, à la suite d'une pétition de l'opposition, Hugo Chavez remportera un référendum sur la poursuite de son mandat avec plus de 59% des voix, et il est réélu à la présidence en 2006 avec plus de 60% des voix. Son troisième mandat voit néanmoins sa popularité s'effriter, une partie de l'opinion publique se lassant du niveau très élevé de la criminalité et, à partir de 2011, du flou entretenu par Hugo Chavez sur son cancer.

Même s'il annonce être entièrement guéri en vue de l'élection présidentielle d'octobre 2012, son âge contraste avec la jeunesse de son adversaire, Henrique Capriles, 40 ans, présenté par une opposition pour une fois unie.

Hugo Chavez remporte cependant l'élection, une fois de plus, avec 55% des voix, mais l'élan qui suit sa victoire est vite stoppé en décembre, lorsqu'il annonce une récidive de la maladie et envisage de passer la main.

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