Burton est un cinéaste dont la cinéphile précoce a nourri les vies de ses propres personnages. Les petits extraterrestres de Mars Attacks !, dont l’exposition montre toute la conception des premiers dessins, aux maquettes originales en résine confectionnées pour le tournage , ne sont pas sans rapport avec Planet 9 (1959) d’Ed Wood, que le jeune Burton avait découvert alors qu’il vivait à Burbank, banlieue pavillonnaire de Los Angeles, baignée de soleil mais totalement ennuyeuse, « un univers sans histoire, sans culture, sans passion », par ailleurs avant-poste des studios Walt Disney et Warner Bros. Pour Tim, le cinéma n’a jamais été loin, et est devenu, dès son enfance, sa principale échappatoire (« J’ai toujours aimé les films de monstres. Ils ne m’ont jamais fait peur. Ils dégageaient tous quelque chose qui me plaisait terriblement ».) Grâce à son imagination débordante, l’adolescent introverti réussit à dépasser le sentiment d’oppression qu’il ressent dans cet environnement puritain, en se mettant à dessiner et à réaliser des courts-métrages dévoilés aujourd’hui en exclusivité (Prehistoric Cavemen, Houdini, Tim’s Dreams). C’est dans les formes de spectacles les plus faciles d’accès, telles que les attractions foraines et les fêtes rituelles, que Burton trouve les sujets qu’il explore dans ses premiers travaux. « La nuit d’Halloween a toujours été, pour moi, la nuit la plus réjouissante de l’année. Il n’y avait plus de règles à suivre et je pouvais devenir qui je voulais ». Bien qu’il ne montre aucun allant pour les études, ses talents lui valent de remporter plusieurs prix lors de concours municipaux (réalisation en 1975 d’une publicité anti-ordures, l’une des pépites de l’exposition). A l’âge de dix-huit ans, il intègre le prestigieux California Institute of the Arts, fondé par Walt Disney en vue de former ses futurs artistes.Après y avoir passé deux années, Tim Burton présente en 1979 son projet de fin d’études qui lui vaudra de décrocher une place au département d’animation des Studios Disney. Il y officie pendant quatre ans en tant qu’animateur puis artiste-concepteur sur Taram et le Chaudron magique . Ses propositions n’étant pas utilisées dans la version finale de ce dessin animé, le futur cinéaste se concentre sur des projets plus personnels (Luau,court-métrage en forme de parade hawaïenne hilarante) et rencontre des personnes qui l’accompagneront tout le long de sa carrière. « Le directeur artistique Rick Heinrichs1 est à tel point associé à mon univers que nous formons un couple de cinéma comparable à celui de Dean Martin et Jerry Lewis. «Il a été capable de matérialiser en 3D tous les dessins bizarres que je faisais ». Un certain nombre des traits stylistiques propres à Burton émergent au cours de cette période, comme son recours aux transformations corporelles. Grâce au soutien de deux alliés du studio, verront le jour Vincent et Frankenweenie (1982) dont le studio n’encouragea pourtant pas la distribution, leur signification étant jugée trop morbide. Une caractéristique dont sont en effet empreints ses dessins préparatoires, réalisés avec une encre ténébreuse et mélancolique.

Affiches des films : Beetlejuice, Mars attacks! et Charlie et la chocolatrie
Affiches des films : Beetlejuice, Mars attacks! et Charlie et la chocolatrie © radio-france

Vincent Price, idole de Burton au point d’en avoir réalisé un portait à vingt ans (également montré dans l’exposition), accepte d’être le narrateur du court-métrage d’animation Vincent. Il interprétera par la suite, en 1990, le temps de deux scènes en flash-back (son chant du cygne au cinéma) l’inventeur paternel du jeune Edward aux mains d’argent. La question des rapports parents/enfants est au cœur du royaume burtonien. Pour mettre en scène cette jeunesse qui le fascine, le cinéaste fait le choix de chorégraphies où s’expriment conjointement la grâce et la maladresse de ses personnages. Ainsi la danse de Kim (Winona Ryder) sous la neige, en symbiose avec l’art d’Edward taillant des sculptures de glace (énergie sexuelle de la teen-ager qui entraîne la caméra à tourner sur elle-même) ; lévitation ondulante de Lydia (encore W. Ryder) en petite robe écossaise dans Beetlejuice ; tourbillon mélodique qui entraîne Victor, le jeune puceau des Noces funèbres, dans une jam-session au moment de sa rencontre dans l’au-delà avec la Mariée défunte ; ballet haut en couleurs des Oompa Loompa qui propulse l’enfance du pauvre Charlie (et la chocolaterie) à la découverte du monde.Matthieu Orléan

Mars Attacks ! 1996
Mars Attacks ! 1996 © Twentieth Century Fox
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