par Steve Scherer et Antonella Cinelli

ILE DU GIGLIO (Reuters) - Le commandant du paquebot Costa Concordia, qui s'est échoué il y a huit jours au large de la Toscane, a démenti devant les magistrats avoir tardé à donner l'alerte, comme l'en accuse la compagnie maritime Costa Croisières, a-t-on appris samedi de source judiciaire.

L'accident du 13 janvier près de l'île du Giglio a fait au moins douze morts et 20 disparus parmi les plus de 4.200 passagers et membres d'équipage. Le corps d'une femme a été retrouvé samedi.

Le commandant Francesco Schettino, accusé d'homicides involontaires, d'avoir provoqué le naufrage et abandonné son navire avant son évacuation totale, est assigné à résidence dans sa ville de Meta di Sorrento, au sud de Naples.

Les plongeurs ont repris samedi leurs recherches dans l'épave du paquebot, couché sur le flanc près de l'île du Giglio. Les opérations avaient de nouveau été suspendues vendredi, le navire ayant bougé.

Selon le parquet, le Costa Concordia s'est approché à 150 mètres seulement du rivage afin de réaliser une manoeuvre connue sous le nom d'"inchino" ("la révérence"), un salut aux habitants de l'île. Spectacle impressionnant en effet que de voir de nuit cette masse imposante, véritable ville flottante toutes lumières allumées, frôler la rive.

Le commandant Schettino a reconnu s'être trop approché de la côte de l'île mais refuse de porter seul la responsabilité de l'accident, affirmant que d'autres facteurs ont peut-être joué, selon ses déclarations aux procureurs rapportées par la presse italienne.

"J'AI INFORMÉ LA COMPAGNIE EN TEMPS RÉEL"

Il affirme avoir dépêché deux de ses officiers dans la salle des machines, juste après l'impact, afin de constater les dégâts.

Dès qu'il a été informé de l'étendue des avaries, ajoute-t-il, il a pris contact avec Roberto Ferrarini, directeur des opérations de Costa Croisières.

"Je lui ai dit: 'je me suis fourré dans le pétrin. Il y a eu un contact avec le fond, je vous dis la vérité, nous sommes passés près du Giglio et il y a eu un impact."

"Je ne peux me rappeler combien de fois j'ai appelé Ferrarini dans l'heure et quart qui a suivi mais en tout cas je peux affirmer que je l'ai informé de tout en temps réel", assure Francesco Schettino.

Le directeur général de Costa Croisières, Pier Luigi Foschi, pense quant à lui que le commandant a trop attendu pour lancer un SOS et donner l'ordre d'évacuation. Il l'accuse également d'avoir transmis de fausses informations au siège de la compagnie.

"Personnellement, je pense qu'il n'a pas été honnête avec nous", a dit Foschi au quotidien Corriere della Sera de vendredi.

Le directeur général a précisé que la premier contact téléphonique entre Schettino et Ferrarini avait eu lieu vingt minutes après l'impact.

"C'est trop tard", a souligné Foschi qui avoue n'avoir pris conscience de la gravité de la situation que lorsque l'ordre d'évacuation a été donné - plus d'une heure après la première conversation Schettino-Ferrarini, selon l'accusation.

"Si le navire avait été évacué plus tôt, il n'y aurait pas eu de morts", estime Pier Luigi Foschi.

RETROUVER LES DISPARUS, ÉVITER UNE POLLUTION

Costa Croisières, filiale de Carnival Corp, a suspendu de ses fonctions le commandant Schettino et s'est portée partie civile. La compagnie reproche à son officier d'avoir fait preuve d'une "incroyable négligence" et d'une "totale incapacité à gérer les phases successives de cette situation d'urgence".

Sur place, les secouristes ont repris leurs recherches samedi.

"Le navire bouge, ce qui est très dangereux", a dit un garde-côtes. "Les risques sont grands mais nous nous devons de répondre aux attentes des familles."

Le déplacement du paquebot sur les rochers est de seulement quelques millimètres par heure mais une accélération du phénomène est toujours à craindre.

Franco Gabrielli, chef de la Protection civile, a souligné la nécessité de récupérer le plus rapidement possible le fioul lourd du navire, qui venait à peine de quitter le port de Civitavecchia, près de Rome.

"Notre objectif est de retrouver les disparus, de savoir ce qu'ils sont devenus, mais nous avons aussi comme priorité d'éviter un désastre écologique", a-t-il dit aux journalistes.

La compagnie néerlandaise SMIT, chargée de pomper le fioul et le gazole du Costa Concordia, est prête à commencer ses opérations et n'attend que les ordres des autorités italiennes.

Avec Silvia Ognibene à Grosseto et Gabriele Pileri; Guy Kerivel pour le service français

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