Le contenu épistémologique du vin du Rhône A Arles se sont déroulées les « Premières rencontres » entre économistes, psychanalystes, astro-physiciens, immunologistes, médecins, biologistes, agronomes et divers sur l’avenir du monde et de ses environs. A l’initiative des LLL (Editions les liens qui libèrent) et avec l’aimable logistique des Editions Actes Sud, les médecins, représentés par Jean Claude Ameizen, les psy, représentés par Roland Gori (inventeur de « l’Appel des appels) » et Sophia Marinopoulos, les astro-physiciens par Marc Lachièze-Rey, les biologistes par Pierre-Henry Gouyon et les économistes par les délicieux Benjamin Coriat et le mystérieux Oncle B***, ont défait puis refait le monde (un peu en désordre) avec un enthousiasme à peine attisé par le vin servi par les hôtes - grand merci à Françoise Nyssen et Jean Paul Capitani son mari, incroyable connaisseur des meilleurs breuvages au pays du mistral et des dieux. Nota bene : Jean-Paul ne mange pas de viande, mais aime les taureaux, ce qui m’a laissé dans une perplexité sans fond. Bref. Le débat est lancé par Henri Trubert, créateur des Editions LLL, sur le thème « En quoi l’avancée des sciences qui ouvre sur le notions d’incertitude et de complexité nous oblige à penser le monde différemment ? » Et c’est parti ! Waoummm ! 30 minutes stratosphériques de Jean-Claud Ameizen sur la représentation, les métaphores, Darwin, l’évolution, Adam Smith, Malthus, l’interaction, la causalité, la démocratie en réponse à l’hubris de la tragédie, et, putain, il est pas mauvais le jaja, remplis mon verre. La balle est reprise à la volée par Marc Lachièze-Rey sur la raison et la rationnalité, pourquoi rationaliser le monde, les économistes qui y prétendent sont des billes. J’approuve. A ce moment là Roland Cori, le psychanalyste prend la parole. Un grand silence se fait. Il parle avec le calme qui précède les tempêtes conceptuelles. Pourquoi, alors que nous sommes tellement informés de la dégradation du monde, sommes nous incapables de tisser les liens qui le réenchanteraient ? Et Bourdieu, et Morin et la complexité, et la notion d’émergence, et le résultat qui est plus que la somme des parties et les applaudissements crépitent. Il boit un coup. Lachièze-Rey l’astro-physicien remonte au créneau. La relativité et la phsyique quantique, le gap infranchissable, un modèle de simulation est-il un modèle ayant valeur expérimentale ? Mais Gouyon l’interrompt. Chut... Nous attendons, subjugués. Gouyon pèse cent kilos. Ce qu’il dit vaut des tonnes. Darwin, Lamark, Wallace, tout ça est avalé d’une rasade, mais voilà qu’il décrit une expérience de transmission des caractères acquis ! Applaudissements à nouveau. Tellement perturbés, nous décidons de changer de vin et de passer à table. Serrés comme des sardines, nous n’en croyons pas nos oreilles quand Ameizen affirme que l’homme ne sait représenter le monde que par ses artefacts : l’horloge (Newton et Walras) et aujourd’hui l’ordinateur et le cerveau (Von Neuman). Quelqu’un évoque la question de la machine de Turing, aussitôt effacée par Lachièze-Rey : la probabilité que la fourchette et le couteau de son assiette emplie de camembert soient disposés de cette manière avec nous autour est égale à combien les amis, combien ? « Zéro ! » hurlons-nous de conserve. J’observe que ce qu’il dit n’est pas vrai dans un monde discontinu mais me fait bouler dans les cordes. Ameizen en profite pour évoquer le paradoxe d’Epicure : la vie éternelle. Pourquoi ? Oui, pourquoi ? Le vin coule sur la question. Parce que avant la naissance, inconscience et néant. Après la mort, inconscience et néant. Donc existence égale vie. Fin. Applaudissement nourris. Lachièze-Rey affirme qu’il a sous sa tutelle le type qui va réconcilier la mécanique quantique et la relativité, ce qui mérite une nouvelle ovation. Le lendemain, frais comme des gardons, preuve que le vin de Jean-Paul Capitani est vraiment bio, une conférence suit la projection du film de Marie-Pierre Jaury « L’enfant sous contrôle ». Ameizen, Gori, Gouyon, Sophie Marinopoulos sont éblouissants. Coriat enchaîne sur la fin de l’euro, la fin de la mondialisation, et finalement la fin de toutes de choses, et nous sortons heureux sous le soleil, le gosier un peu sec, rafraîchis par le vent du Nord sous un ciel bleu écru. Ca c’est de la philo. Rendez-vous l’année prochaine.

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