Les Mains de Camille

Avec : Camille Trouvé, Marie Girardin, Martina Rodriguez et Awena Burgess. Mise en scène : Brice Berthoud assisté de Saskia Berthod. Marionnettes : Camille Trouvé. Texte : Brice Berthoud. Musique originale : Martina Rodriguez, Awena Burgess et Piero Pépin. Scénographie : Jaime Olivares, Brice Berthoud. Décors : Jaime Olivares avec Jean-François Frering et Urban Edte. Costumes : Séverine Thiébault. Lumières : Marc Martinez

"Les mains de Camille" est un spectacle singulier, rare et précieux. La difficulté sera d'en parler en préservant la surprise réservée au spectateur dès son arrivée. Surprise qui donne tout son sens à l'évolution du spectacle jusqu'à l'apothéose de la scène finale. Entre ces deux points forts nous assistons au tissage de l'histoire de Camille Claudel.

Les mains de Camille
Les mains de Camille © Vincent_Muteau / Vincent_Muteau

Camille Claudel passera les trente dernières années de sa vie dans l'asile d'aliénés de Montfavet près d'Avignon. Coupée de tout, elle ne recevra aucune visite et signe de l'extérieur, tout échange épistolaire était censuré. C'est à partir de ce trou noir que la comédienne et manipulatrice Camille Trouvé et le metteur en scène Brice Berthoud vont tisser leur spectacle.

Camille Claudel nous apparaît comme un insecte pris dans une toile d'araignée. Nous la voyons se débattre en scandant inlassablement "pourquoi?"!! Dans un même temps c'est la toile, ses fils et leur ordonnancement qui nous apparaissent de plus en plus visibles.

Si inconsciemment nous pouvons être souvent amenés à associer la marionnette au fil, ici il en va tout autrement, le fil et les ficelles sont ailleurs. Les marionnettes sont de taille humaine et habilement manipulées à vue par Camille Trouvé. Théâtre d'ombres, utilisation de voiles, papiers, chant, musique sont aussi convoqués pour créer un univers onirique préférant les associations au récit linéaire.

Ainsi restitué, le cauchemar de Camille Claudel révèle le réel de la société de son temps. Les filets de la censure, de toutes les censures, familiale et sociale, vont s'abattre sur elle pour la livrer corps et âme à l'asile.

A tort, la marionnette est souvent dépréciée alors qu'elle offre comme ici des espaces et des formes de liberté créatrices quasiment irréalisables au théâtre. Ce projet pour être mené à bien a nécessité des centaines d'heures de travail, et des sommes impressionnantes de trouvailles et d'astuces pour créer ce tissage de choses et de mots d'où nait l'alchimie du sens.

Elles sont quatre sur scène, Camille Trouvé, Marie Girardin comédiennes marionnettistes, Martina Rodriguez, violoncelliste et Awena Burgess, chanteuse. A elles quatre dans une communion quasi parfaite elles allient le geste technique et artistique à la perfection.

Présenté dans le cadre du festival M.A.R.TO à Malakoff 71 du 29 novembre au 8 décembre, une belle tournée les attend par la suite: à Ifs, Laval, Choisy Le Roi, Lille.... jusqu'en mai 2013

Guy Flattot.

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