Duel présidentiel.

Ainsi est présenté le face à face entre les deux candidats à l'élection présidentielle.

Ce n'est pas un match de boxe dit François Hollande.

Ni un concours de bons mots et de jolies formules , prétend Nicolas Sarkozy.

Pourtant, les militants galvanisés des deux camps continuent de voir un combat de gladiateurs alors qu'observateurs et statisticiens ne cessent de répeter que cet excercice télévisuel n'a jamais décidé une élection.

Mais tout un système prétend le contraire.__ Le face à face décisif titre Le Monde.

Tout un jeu laisse entendre que le rendez vous de ce soir constitue une étape déterminante. Il faut créer les conditions d'une scénographie.

Depuis hier, radios et télévisions ressortent les archives des précédents duels de la Vème République. Or, que reste-t-il de ces anciens "duels" ? Seulement de petites phrases...

Celle de Valery Giscard d'Estaing en 1974 sur le monopole du coeur...

La désormais célèbre répartie de François Mitterrand en 1988 face à Jacques Chirac. "Vous avez parfaitement raison, Monsieur le Premier Ministre".

Un spectacle, une photo, l'humeur d'un instant ? A partir du moment où l'on ne retient que les joutes oratoires.

Ces débats sont-ils périssables ?

Peuvent s'inscrire dans la durée ?

Duels Présidentiels, le DVD publié par l'INA apparaît en ce sens salvateur. Une mine d'informations qui permet de mesurer les effets de cet excercice télévisuel au fil du temps.

Duels présidentiels
Duels présidentiels © Radio France / INA

En regardant les débats de 1974 à 2007 et leurs coulisses, on discerne l'évolution de ce système mis en place sousl'ORT.

1974 : La télé d'Etat. Décor austère et simple. Deux tables, 4 chaises. Jacqueline Baudrier et Alain Duhamel face à la caméra. Valery Giscard d'Estaing et François Mitterrand de profil . Les deux candidats sont arrivés une heure avant pour recevoir les instructions des réalisateurs.

Introduction interminable et solenelle des deux présentateurs avec le sigle ORTF en gros et en arrière plan. Pour cette première, le débat sera vif et de qualité , titre les journaux le lendemain matin qui critiquent les deux journalistes en plateau qui sont très peu intervenus.

Jacqueline Baudrier à la tête de l'ORTF s'en explique : C'était un débat, non un point presse. Les journalistes n'étaient pas là pour poser des questions".

1981 : le rôle des journalistes revu. Gros plan sur Jean Boissonat et Michele Cotta qui vont interroger les deux candidats , les mêmes qu'en 1974. Valery Giscard d'Estaing et François Mitterrand connaissent les règles. A tel point qu'aucun des deux ne répond à la question de Michele Cotta.

Q : L'UDF a besoin du RPR , le PS du PC. Un appel est il lancé vers Jacques Chirac ou Georges Marchais ?

R : Je suis content de débattre ici avec...

Le débat réunira 30 millions de téléspectateurs et si les journalistes n'ont pu être aussi présents qu'ils le souhaitaient, l'échange sera encore une fois d'une grande qualité.

Le lendemain sur Antenne 2 , Noel Copin commentait : "C'était moins dense qu'il y a sept ans. Mais les deux hommes ont tenu à préserver la dignité qu'exige la fonction présidentielle. Ce n'était pas une soirée de spectacle mais une grande soirée pour la démocratie".

1988:Jamais deux sans trois pour François Mitterrand. Jacques Chirac face à lui. Diffusion simultanée sur TF1 et Antenne 2. Plus décontracté, le rendez vous est animé par les deux patrons de l'info, Elie Vannier pour A2 et Michele Cotta pour TF1. Générique à la fois solennel et dramatique. Décor spartiate. Elie Vannier précise que les deux journalistes poseront des questions et aimeraient des réponses claires aux interrogations posées.

1995 : Toujours au studio 101 de la maison de la radio, le décor est bleu. Alain Duhamel et Guillaume Durand anime le duel opposant Lionel Jospin à Jacques Chirac.

Alain Duhamel donne d'entrée les grands thèmes du débat.

1/ Actu et institutions. Commenter les résultats du premier tour

2/ Questions sociales : Eco/Emploi/Fiscalité

3/ Société : Banlieue, immigration

4/ Europe et International

Nouveauté, chaque candidat vient avec un réalisateur qui lui donne les "trucs" pour bien figurer à l'écran.Serge Moati pour Lionel Jospin, Alexandre Tarta pour Jacques Chirac.

Et plus le DVD défile, plus l'on se dit que les thèmes des débats n'ont pas tellement évolué. Les problèmatiques sont sensiblement les mêmes.

Mais au fil des ans, on voit le fond des échanges s'affaiblir et les techniques de la forme s'affiner.

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