Une Afrique en mouvement

Dans le tumulte, les convulsions, certes, mais il n’empêche : jamais, dans son histoire moderne, l’Afrique n’avait connu pareil essor économique – que double une extraordinaire effervescence culturelle.

l'Afrique nouvelle

Et pourtant ! Région des Grands Lacs en feu, crise en Côte d’Ivoire, tragédie des enfants soldats, guerre civile au Darfour, sécession au Soudan, Mali en plein chaos, ravages de l’islamisme : bien sombre peut être dite cette entrée dans le XXIe siècle. Mais ne s’agit-il pas aussi de crispations, de résistances à ce qui s’est mis en route, qui fait moins l’actualité, mais qui prend la force d’une lame de fond ? On peut certes décrire Lagos, Kinshasa comme des mégapoles de cauchemar, y dénoncer la misère et l’on aura raison – si l’on en voit aussi la prodigieuse énergie, la fièvre créatrice, dont témoignent tant d’artistes, de musiciens, d’écrivains…

L’énergie : c’est ce qui nous frappe, dans les films qui nous arrivent, les musiques, les romans actuels. Le regard aigu, sans concession, et l’énergie.Qu’on en finisse, semblent-ils tous nous dire, avec les discours sur « l’Afrique du malheur », qui n’est jamais que l’envers du discours compassionnel, de la bonne conscience humanitaire d’un Occident battant sa coulpe. Mais qu’on en finisse pareillement avec les discours victimaires si confortables, cherchant toujours ailleurs les causes de ses malheurs. Parce que nous n’avons qu’une vie – une vie qu’il s’agit de jouer pleinement, dont nous entendons être les acteurs. Et c’est cela, la nouvelle Afrique.

A l'heure de la révolution internet

La révolution internet
La révolution internet © Gaël Le Ny

C’est la promesse d’un fantastique bond en avant. Qui a déjà commencé. Et qui s’accompagnera d’un tout aussi fantastique saut générationnel. L’Afrique, le « continent oublié » du développement technologique ? Plutôt un immense chantier, en pleine effervescence. La téléphonie mobile y progresse de 40% par an. 70% de ces téléphones auront un accès Web en 2014. La fibre optique progresse à toute vitesse – mais déjà un chercheur togolais lui a trouvé une alternative beaucoup plus économique.Le plus jeune chercheur (15 ans !) du MIT aux Etats-Unis est de Sierra Leone. Vérone Mankou, de Brazzaville, lance un smartphone à bas coût, après avoir inventé une nouvelle tablette. La faiblesse des réseaux de distribution, les coûts d’impression handicapent le développement de l’édition – comment ne pas voir que le livre numérique apporte une réponse ? En 2020, 80% des enfants de moins de 8 ans qui apprendront à lire le feront sur un écran connecté ou un téléphone mobile. Une révolution est en marche, qui porte en elle une révolution culturelle…

Exil, migration : ce qui bouge

Exil, migration : ce qui bouge
Exil, migration : ce qui bouge © Florent de la Tullaye

Certains s’obstinent à opposer le « roman de l’exil » aux romans de ceux, demeurés sur place, garants d’une « authenticité » : l’opposition est absurde, et suicidaire. Le nouvel espace romanesque africain n’est plus, sur place, celui du village, de la tradition retrouvée et du ressassement, qui lui est lié, du discours anti-colonialiste. Le génocide de 1994 au Rwanda aura marqué un tournant : la découverte par l’Afrique de sa capacité à s’auto-détruire, la fin de l’innocence, des paradis perdus à retrouver, des discours seulement victimaires. La dispersion identitaire est une des conséquences de la tragédie historique des dernières décennies. Aussi, le nouvel espace romanesque africain est-il d’abord celui de l’exil, des migrations, des télescopages culturels, non seulement vers l’extérieur, mais aussi à l’intérieur même de l’Afrique : l’exil en Europe, en Amérique ou ailleurs, certes, mais auquel répond de plus en plus celui vers la ville, monstrueuse, hybride, où s’expérimentent également, mais d’une autre manière, métissage et multiculturalisme, se met en place un univers créole, soubassement pour Achille Mbembé d’une modernité « afropolitaine », où s’opère « une redistribution des différences entre soi et les autres et de la circulation des hommes et des cultures ».

Un cinéma en pleine effervescence

Elle bouge, l’Afrique, et à toute vitesse ! En témoigne son nouveau cinéma. Résolument urbain, rythmé, nerveux – explosif même. Cru, mais débordant d’une folle énergie. D’humour aussi. Rien de misérabiliste comme trop souvent dans les reportages ou documentaires de réalisateurs extérieurs à l’Afrique, aucune leçon à donner : la puissance éruptive d’un continent en plein bouleversement, l’émergence d’une nouvelle génération. Africaine, par ses racines, chaque image le prouve. Et du monde entier pareillement, pleinement de son temps, bien décidée à jouer sa partie dans le grand concert mondial. Et ils en ont, des choses à dire, à montrer, ces jeunes réalisateurs ! Une nouvelle société africaine est en train de naître. L’enjeu, dès lors, pour eux ? Construire un imaginaire pour les temps nouveaux. Des studios de Nollywood à ceux des rappeurs de Brazzaville, des rues de Kinshasa au port de Mbandaka le long du fleuve Congo, de la Chine à la Roumanie, un cinéma africain en pleine mutation...

Un cinéma en pleine effervescence
Un cinéma en pleine effervescence © Arnaud Makalou. Collectif Elili

L'Afrique qui vient : en savoir plus

l'Afrique qui vient
l'Afrique qui vient © Radio France

A l'occasion du festival les éditions Hoëbeke pubient une anthologie qui regroupe des textes de 26 écrivains qui racontent l'Afrique qui vient. Une Afrique surprenante, fascinante, inquiétante, aussi. Parmi eux, quelques uns des plus grands pour accompagner la nouvelle vague qui aujourd’hui déferle. Jeunes écrivains de Johannesburg comme Niq Mhlongo et Kopano Matlwa, de Lagos source nourricière pour Chimamanda Ngozi Adichie, Teju Cole, Helon Habila, Noo Saro-Wiva et tant d’autres encore, mais aussi du Bénin, d’Egypte, d’Algérie, du Cameroun, du Mozambique, du Zimbabwe, du Togo, du Sénégal, de Djibouti, du Congo, de Zanzibar, et même d’Haïti, première République noire, ils vont être les révélations des années à venir – et déjà d’aujourd’hui.

Les auteurs présents dans l’anthologie:

Edem Awumey, Yahia Belaskri, Breyten Breytenbach, Noviolet Bulawayo, Brian Chikwava, Teju Cole, Florent Couao-Zotti, Mia Couto, Alaa El Aswany, Abdulrazak Gurnah, Helon Habila, Lieve Joris, Henri Lopes, Kopano Matlwa, Niq Mhlongo, Leonora Miano, Wilfried N’sonde, Chimamanda Ngozi Adichie, Makenzy Orcel, Boualem Sansal, Noo Saro-Wiwa, Felwine Sarr, Sami Tchak, Abdourahman Waberi, Binyavanga Wainaina

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