Daniel Pennac frappe fort et nous fait rire encore avec son "Journal d'un corps" (Gallimard). L'histoire est presque inattendue: un grand commis de l'état cède à sa fille, post-mortem, non pas un simple journal intime, mais le journal qu'il a tenu pour faire part des surprises et réflexions que lui ont inspiré son corps depuis la prime adolescence jusqu'à sa mort.

Cela fait des années que je me délecte de l'écriture du Pennac, sans en avoir totalement percé le mystère. Il sait si subtilement nous embobiner avec des histoires de rien, des anecdotes du quotidien. Toute petite chose chez lui appartient aux grands points d'interrogation de la vie en général. Une fois de plus c'est la réussite de ce journal d'un corps.

Vous lirez partout que Pennac s'en prend aux détails du corps, aux poils, aux flux, aux humeurs, aux menstrues, à la merde, aux muscles, aux boyaux, au priapisme des hommes de pouvoir, aux polypes envahisseurs, et j'en passe. Tout ça est vrai. Mais ce livre est me semble-t-il complètement politique.

Daniel Pennac
Daniel Pennac © Radio France

On ne peut lire ce Pennac sans se souvenir que la dernière fois qu'on a vu un homme nu, c'était soi en rêve, soit en vrai dans sa propre chambre mais avec le filtre de ses désirs et fantasmes, ou alors sur un calendrier d'une équipe de rugby. Bref, la dernière fois qu'on a vu un homme nu, réfléchissez bien, ce n'était pas tout à fait son corps qui nous est apparu, mais une image. Idem pour les corps de femmes, images, icônes, idéaux, symboles, etc... Parler de douleurs, de sangs, de crispations, de frissons.... tout cela est bien rare. "Sur nos corps, le voile est intégral" nous dit Pennac, nous, si bons donneurs de leçons de voile à l'humanité tout à entière, et aux autres civilisations

Daniel Pennac, "sur nos corps le voile est intégral"....

Le narrateur commence ce journal de son corps après avoir eu une frayeur immense seul au fond de la forêt. Il a tellement eu peur qu'il s'est "fait" dessus.

Le corps est une boîte à surprise. Tout est dans les livres, on en parle à la radio et à la télé, et au final on ne sait rien de ce qu'il nous réserve.

Les hommes politiques sont, pour le narrateur, et pour Daniel Pennac, des ogres priapiques

Finalement, écrire sur le corps c'est écrire sur le silence....et le religieux

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