Le juge Van Ruymbeke s’interroge également sur le rôle joué par un lobbyiste américain, Paul Manafort, très proche d’El-Assir. Selon l’ex-épouse de Ziad Takieddine, ce « spin doctor » était payé pour conseiller le candidat Balladur. El-Assir confirme avoir proposé les services du conseiller américain, mais le camp Balladur aurait finalement décliné la proposition. Paul Manafort a également introduit El-Assir auprès d’un fonds nord-américain (Colony) lors de la négociation sur le rachat des actifs du Crédit Foncier, qui semble intéresser les balladuriens. « Courant 1996, Ziad Takieddine emmène Nicolas Bazire et Thierry Gaubert [mis en examen pour recel d’abus de biens sociaux et blanchiment aggravé dans le volet financier de l’affaire Karachi] pour rencontrer chez moi, à Paris, Paul Manafort et le président de Colony, afin de discuter de ce rachat », explique El-Assir. L’intermédiaire assure avoir « coupé tout contact » avec Paul Manafort depuis 2003-2004.

Paul Manafort est le parrain de mon fils. J’ai été introduit en 1986 ou 1987 par un ancien du National Securité Council américain qui travaillait pour moi. Je l’ai présenté à Ziad Takieddine à l’occasion des vacances que nous passions sur la côte française, au début de nos retrouvailles, en 1992.

J’ai rémunéré Paul Manafort dès 1986-87 pour des conseils qu’il me donnait à propos de la politique nord-américaine. Lui-même a été actif pour l’élection de Ronald Reagan. Il a ensuite développé avec d’autres partenaires une société de lobbying qui avait pour caractéristique de compter des démocrates et des républicains. (…)

Paul Manafort m’a introduit auprès de Benazir Bhutto, au début de son mandat de Première ministre du Pakistan, en 1988. Son lobbyiste démocrate avait contacté Paul Manafort qu’elle voulait voir intervenir pour elle auprès des républicains au pouvoir aux Etats-Unis, de même qu’auprès de l’Arabie Saoudite avec laquelle elle souhaitait rétablir des liens. C’est sur ce dernier point que Paul Manafort me l’a présentée. (…)

En 1994-95, j’ai rémunéré Paul Manafort pour des conseils sur la politique américaine que je transmettais au roi Fahd, parfois directement, généralement via Sheikh Ali Ben Moussalem. Il s’agissait de conseils ou d’analyses à propos de personnes, d’institutions ou de positions politiques qui avaient un impact direct pour l’Arabie Saoudite, notamment concernant les relations américaines avec le Yemen. J’insiste sur le fait que mes divers paiements à Paul Manafort, à sa famille et à sa société Davis Manafort, n’ont absolument rien à voir avec la campagne d’Edouard Balladur. (…)

J’avais eu l’idée de proposer les services de Paul Manafort à la campagne d’Edouard Balladur. J’ai fait cette proposition via Ziad Takieddine, mais ce dernier m’a rapporté qu’elle avait été refusée parce qu’ils avaient "ce qu’il faut" dans ce domaine. (…) Je précise que Paul Manafort était au courant du fait que j’avais proposé ses services à la campagne Balladur.

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