Le maire de Grigny dans l'Essonne a été nommé "meilleur maire du monde" par une fondation londonienne qui récompense ses mesures contre la pauvreté. Lutte contre l'habitat insalubre, rénovation des copropriétés dégradées : "Cette récompense peut nous aider à accélérer", dit Philippe Rio à France Inter.

Le maire (PCF) de Grigny, Philippe Rio
Le maire (PCF) de Grigny, Philippe Rio © Maxppp / Pascale De Souza (PHOTOPQR/LE PARISIEN)

Le maire de Grigny, en Essonne, vient d'obtenir le titre de "meilleur du monde". Le communiste Philippe Rio s'est vu décerner ce titre par la City Mayors Foundation de Londres, ex-aequo avec le maire de Rotterdam. La fondation récompense son travail dans la lutte "contre la pauvreté et l'exclusion sociale". 

Porte-voix des quartiers populaires depuis son arrivée à la tête de la mairie en 2012, il avait notamment lancé en 2017 "l'appel de Grigny" avec d'autres maires de villes populaires de banlieue qui font face aux difficultés sociales. Il profite aujourd'hui de cette "tribune" que lui offre ce titre pour défendre ses combats pour "l'équité territoriale".

FRANCE INTER : Vous avez été nommé "meilleur maire du monde".  Vous êtes maire d'une commune de 30.000 habitants au sud de la région parisienne, vous y attendiez-vous ?  

PHILIPPE RIO : "Non. C'est une grande surprise parce qu'effectivement, il y a un paradoxe entre être le meilleur maire du monde et être maire d'une ville difficile, avec beaucoup d'enjeux où le quotidien des gens est compliqué. Cette récompense, on la prend comme tel, comme un bonbon, un bouquet de fleurs, dans un moment qui est difficile, après le Covid, qui a accéléré les fragilités et les vulnérabilités dont on n'est pas sorti fondamentalement. Dimanche prochain, il y a encore un centre de vaccination éphémère qui vient parce qu'on est en retard sur la vaccination."

Un bonbon, un bouquet de fleurs, une distinction, un titre honorifique, est-ce de cela dont les habitants ont besoin ?

"Non, on n'a pas besoin de ça, mais c'est une récompense de la mobilisation d'un collectif. Moi, aujourd'hui, je croise des agents communaux, je croise des voisins, des associations, j'ai des coups de téléphone d'entreprises qui nous disent aujourd'hui, on est fiers d'être Grignois parce que dans toutes nos difficultés, on relève la tête et on se bat. 

C'est du respect cette récompense ! Ça change pas fondamentalement la vie. On reste dans les tranchées. Mais la vie reste extrêmement dure. La pauvreté ne s'est pas arrêtée du jour au lendemain avec cette récompense.

C'est une récompense pour nous dire : 'Respect du travail qui est fait et du chemin qui est pris.' C'est un signe d'encouragement terrible parce que ça nous dit : 'Vous êtes dans le bon chemin, continuez tout cela !'"

Cette récompense vient de l'étranger, alors qu'en 2017 "l'appel de Grigny", que vous lanciez, n'avait pas été suivi d'effet, notamment à l'Élysée. Est-ce, finalement, un juste retour ?  

"Il y a un peu de ça. Cette reconnaissance de l'international doit, à la veille de l'élection présidentielle, interroger tous les candidats sur la question de l'égalité territoriale dans notre pays. Notre pays est socialement et territorialement fragmenté et ça doit être un sujet au cœur de la présidentielle. Si ce moment-là, de cette reconnaissance hallucinante de la ville de Grigny et du maire comme le meilleur maire du monde pour sa lutte contre la pauvreté, pour l'égalité territoriale, sert à ça, tant mieux."

Au quotidien, il y a des mesures d'urgence comme les distributions alimentaires ou les petits déjeuners dans les écoles. Pour les mesures structurelles, la rénovation urbaine, les habitants dénoncent leurs conditions de vie, la dégradation des barres d'immeubles. Que répondez-vous ? Tout n'est pas encore fait ?  

"Evidemment. On est extrêmement conscients et humbles du travail qui reste à faire. Cette récompense peut nous aider à accélérer parce qu'effectivement, structurellement, la copropriété dégradée, il y a encore énormément de travail. Il y a encore cinq, dix ans de travail pour changer la situation."

Le quartier de Grigny 2, et sa copropriété dégradée de 5000 logements
Le quartier de Grigny 2, et sa copropriété dégradée de 5000 logements © Radio France / Rémi Brancato

Cela pourrait aller plus vite ?  

"Ça fait partie des sujets. Pourquoi, aujourd'hui, lorsqu'on traîne un marchand de sommeil au tribunal, on met cinq ou six ans avant qu'il soit condamné parce qu'il joue des failles du système ? C'est hallucinant ! La justice pourrait faire plus. La police pourrait faire plus. L'Éducation nationale pourrait faire plus. 

Force est de constater que tous les rapports depuis 20 ans montrent que dans les quartiers 'politique de la ville', on consacre moins d'argent à l'Éducation nationale qu'ailleurs.

Il y a moins de moyens en éducation, en police et en justice. Et donc le débat sur l'égalité républicaine, c'est celui qu'il faut avoir."  

Ce prix vous permettra d'être davantage entendu ?

"Je ne sais pas. En tout cas, j'utilise le micro qui m'est tendu (rires) ! On est content. On est très conscient de la réalité. On a beaucoup de montagnes à soulever et on va utiliser le micro qui nous est présenté pour dire : 'égalité territoriale' !"