Pour la fondation Abbé Pierre, 4 millions de personnes souffrent de mal-logement. Un bilan qui s’aggrave, sous le double effet d’une crise de l’offre et des chocs économiques.

Pour la fondation Abbé Pierre, 15 millions de personnes en France étaient concernées de près ou de loin par le mal-logement en 2013.
Pour la fondation Abbé Pierre, 15 millions de personnes en France étaient concernées de près ou de loin par le mal-logement en 2013. © AFP / BORIS HORVAT

Pour la fondation Abbé Pierre, être mal-logé peut avoir différentes acceptions. En premier lieu, sont concernés ceux qui n’ont pas de domicile personnel : en 2013 (les derniers chiffres disponibles), l’Insee estimait à 5,1 millions le nombre de personnes ayant connu au moins un épisode sans logement personnel au cours de leur vie. Pour 440 000 d’entre elles, l’épisode avait duré plus de cinq ans.

Le mal-logement, ce sont aussi les problèmes d’accès au logement. Fin 2013, quatre Français sur cinq estimaient difficile de trouver un toit. Et si le phénomène concernait évidemment les populations les moins insérées socialement – l’offre de HLM, par exemple, reste très insuffisante – il touchait également des ménages plus « installés », dans une course toujours plus soutenue à la solvabilité.

Et quand on parvient à se loger, ce peut être dans des conditions scabreuses. La fondation Abbé Pierre pointe les mauvaises conditions d’habitat : « Mauvaise qualité des logements, insalubrité et indécence, copropriétés dégradées, “passoires thermiques”… plus de 2 millions de ménages sont aujourd’hui encore confrontés à des formes très graves de mal-logement », déplore l’institution, qui pointe néanmoins une amélioration constante des conditions de logement dans le temps. Trois Français sur quatre se disaient satisfaits de leur habitat en 2013, contre un sur deux en 1973.

Avoir un logement, même inconfortable, est un fait. S’y maintenir est parfois une gageure : « Perte d’emploi, diminution des ressources, séparation conjugale, rupture familiale… face aux aléas de la vie, des milliers de personnes sont fragilisées », signale la fondation Abbé Pierre. Un phénomène d’autant plus marqué dans un contexte de flambée des prix immobiliers – entre 2006 et 2013, le nombre de personnes consacrant plus de 35% de leur revenu à leur logement a augmenté de 6% – et de crise économique – sur la même période, les défauts de remboursements de crédits ou de paiement de charges ont explosé chez les propriétaires (+41%).

Dès lors, le statu quo semble s’imposer pour un nombre toujours plus grand de ménages. La mobilité résidentielle est à la peine, ce qui n’est pas sans conséquence sur la vie quotidienne. Les ménages déménagent moins, faute de pouvoir le faire, alors que les raisons de le faire n’ont pas changé : les nouveaux parcours de vie, professionnelle ou personnelle, notamment. « Les difficultés de mobilité correspondent désormais à une nouvelle ligne de fracture entre ceux qui peuvent choisir leur logement et leur lieu d’habitation et ceux qui ne le peuvent pas et sont assignés à vivre dans des formes d’habitat dévalorisées et des quartiers dégradés », explique la fondation Abbé Pierre.

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