Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva, à Cannes
Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva, à Cannes © Radio France

Il possède une façon unique d’émouvoir. A Cannes, lors de la remise de la Palme à Haneke, pour « Amour", il est arrivé péniblement au bras de sa femme, Marianne, il a remercié et dit ce très court poème de Prévert :

« Il faudrait essayer d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple »

Sur tous les réseaux sociaux, on a vu aussitôt la phrase surgir, comme s’il s’agissait d’une parole de Trintignant.

Ce comédien, cet homme si attachant, en dehors du système, timide et malicieux, confie dans « Du côté d’Uzès » à André Asséo que la vieillesse est un naufrage, qu’on ne nous prévient pas assez, qu’il est quasiment aveugle, infirme et qu’il jouera un jour sur scène avec un déambulateur… On l’imagine très bien égréner ses souffrances, en regardant avec malice le journaliste du coin de l’œil pour guetter sa réaction, l’effroi ou la compassion.

Sa vie est (et fut) tragique mais aussi heureuse, auprès de sa femme Marianne et des musiciens qui l’accompagnent sur scène (Daniel Mille et Grégoire Korniluk) quand il dit « Vian, Prévert, Desnos ». Quel que soit le lieu, le public se lève à la fin.

Dans « du côté d’Uzès », Asséo interroge le comédien au fil du temps, ce sont plusieurs années d’entretiens. Evocation précise de sa longue carrière (130 films, c’est énorme, mais, dit il, « je suis un peu cupide »), traversée précise de la vingtaine de films italiens qui reste sa période préférée, mais aussi ce dessin d’un artiste qui ne ressemble à personne.

Il est modeste. C’est rare d’entendre : « J’ai pris les rôles que Belmondo et Delon ont refusé », rare d’entendre un acteur affirmer qu’il commence seulement à faire des progrés depuis qu’il a atteint 70 ans (il a aujourd’hui 81 ans).

Il est étonnant : peu d’hommes à femmes, comme lui , avouent : « J’étais joli, vous savez ! ».

Jean-Louis Trintignant
Jean-Louis Trintignant © Radio France

Quant à la douleur qui est la sienne, la mort de deux enfants dont celle de Marie, il en parle peu mais quand il le fait, c’est avec franchise, tout en sachant habiller cettte vie de deuil d’un sourire.

D’ailleurs, s’il aimait beaucoup la comédienne Romy Schneider, il avoue à André Asséo qu’elle manquait d’humour. Elle ne savait pas voir le côté drôle et dérisoire des choses. Lui, si. Ce qui ajoute à son charme et à son tempérament si rare. On relèvera cette citation de ce pudique à l’éducation protestante : « Au fond, je suis presque content d’être vieux… pour ne plus avoir à tourner de scènes de calin".

Jacques Prévert: "Il faudrait essayer d’être heureux, ne serait ce que pour donner l’exemple ».

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« Du côté d’Uzès », André Asséo, le Cherche Midi.

« Amour », de M Haneke, sortie le 24 octobre.

La tournée de Jean-Louis Trintignant avec ses poètes libertaires passe par Chambéry le 4 août et reprend en septembre à Montréal, le 18 octobre à Saint-Malo, le 20, à Coutances… On le verra en Suisse, en Belgique, au Luxembourg.

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