[scald=215633:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - La présidente du Medef, Laurence Parisot, a critiqué jeudi l'abrogation par le gouvernement du "jour de carence", la non rémunération du premier jour d'arrêt maladie dans la fonction publique, estimant qu'elle coûterait cher à l'Etat.

Les syndicats du secteur se sont félicités pour leur part de la décision annoncée mercredi soir par la ministre de la Fonction publique Marylise Lebranchu, qui indique dans Les Echos avoir voulu mettre fin à une mesure "injuste, inutile et inefficace".

Son abrogation intervient deux semaines après que le gouvernement a confirmé qu'il n'y aurait pas de revalorisation générale des salaires dans la fonction publique cette année du fait de la situation tendue des finances publiques.

Instaurée en 2012 par le précédent gouvernement, cette journée avait pour but de réduire les inégalités avec le secteur privé, où la période de carence est de trois jours, et implicitement de lutter contre l'absentéisme.

"C'est une décision qui n'est pas raisonnable du tout", a dit Laurence Parisot sur RTL. "C'est une décision qui coûte cher", a-t-elle ajouté en avançant un coût total de 200 millions d'euros.

Marylise Lebranchu fait état dans Les Echos d'un coût de 60 millions pour le seul Etat employeur.

La Fédération hospitalière de France, qui regroupe les établissements de soins publics, avait réclamé pour sa part le maintien du dispositif en faisant valoir qu'il a permis de réduire l'absentéisme dans le secteur, des enquêtes faisant état de reculs compris entre 3% et 6% de celui-ci qui aurait permis une économie de 65 à 75 millions d'euros en année pleine.

"LE COMPTE N'Y EST PAS"

Dans un communiqué, la CGPME a estimé que "cette mesure inéquitable rendra sans aucun doute plus difficile encore les prochaines mesures de réduction des dépenses publiques, le secteur privé ne pouvant continuer à faire vivre la fonction publique à crédit plus longtemps."

La CGT de la fonction publique a salué dans un communiqué l'abrogation de la journée de carence qui constituait, à ses yeux, "avant tout un acte politique de démagogie anti-fonctionnaire à visée bassement électoraliste."

Elle a contesté son caractère d'équité en faisant valoir que "la grande majorité des salariés du secteur privé n'est pas, de fait, assujettie au jour de carence en vertu de nombreuses conventions collectives et accords d'entreprise".

Pour les mêmes raisons, Force ouvrière a estimé que la décision du gouvernement ne pouvait être assimilée à un "cadeau" et réclamé qu'elle prenne effet immédiatement alors que Marylise Lebranchu évoque comme échéance la prochaine loi de finances.

FO a ajouté que, malgré ce geste, "le compte n'y est pas" s'agissant des revendications des syndicats de fonctionnaires, du fait notamment du gel, pour la troisième année consécutive, de gel de la valeur du point d'indice des grilles salariales.

Le président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, l'UMP Gilles Carrez, a dénoncé pour sa part une mesure électoraliste qui constitue un "mauvais signal" en matière de gestion des finances publiques.

"Rien ne la justifie sinon la volonté du gouvernement de protéger un de ses électorats les plus fidèles", a-t-il dit dans un communiqué.

"Elle est surtout incompréhensible au moment où notre pays s'avère incapable de respecter la trajectoire du redressement de ses finances publiques, au moment où les efforts de maîtrise de la dépense doivent être accrus et clairement identifiés", a-t-il ajouté.

Yann Le Guernigou, édité par Yves Clarisse

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