44 millions de Britanniques sont appelés aux urnes jeudi 6 mai 2010, pour les élections législatives les plus disputées depuis des décennies.

Les travaillistes, au pouvoir depuis 13 ans, se battent pour décrocher une quatrième victoire consécutive, qu’ils ont portant peu de chances d’obtenir. Les conservateurs sont eux bien placés pour remporter la victoire, mais pas forcement la majorité absolue.

Et l'émergence d'une troisème force, les libéraux-démocrates sont sur le devant de la scène.

Les trois partis sont actuellement très proches dans les intentions de vote, mais les experts envisagent déjà une abstention record.

La bataille se gagnera dans une centaine de circonscriptions serrées, et en particulier dans le Nord du pays, une région marquée par les années Thatcher et ancrée historiquement à gauche.

Mais une région où les travaillistes, après 13 ans de pouvoir et une crise économique qui a bouleversé les règles du libéralisme à l'anglaise, semblent plus que jamais coupés de leur base.

Hélène Roussel a été à la rencontre de ce qu’on appelle la « broken society", la société cassée.

Sheffield et ses ruines d'usines dans un centre-ville ultramoderne

Ces dernières années, les mines de charbon et les aciéries ont laissé place à une activité commerciale intense, une main d'œuvre flexible à volonté.

Et voilà la crise et le retour du chômage : 8%, et ce ne sont que les chiffres officiels.

Devant une agence pour l'emploi du quartier populaire d'Hillsborough, entre les fast-food et les ventes de voitures d'occasion, le va et vient est incessant.

Des chômeurs angoissés, peu motivés pour voter, du moins pour les deux grands partis.

Le Gouvernement fait de nous des racistes

Avec deux eurodéputés du BNP, le British National Party, élus en juin dernier, l'extrême-droite, est sortie de l'ombre. En partie grâce aux voix de cette région du Yorkshire.

Dans ce pub, autour d’une bière, on parle sans détour et avec amertume de ces anglais qui seraient devenus des citoyens de deuxième zone, dans leur propre pays.

Les petits partis pourraient faire leur entrée au Parlement en misant sur un discours différent et radical.

Doncaster, a une quarantaine de kilomètres de Sheffield. Un taux de chômage, d’alcoolisme et d’obésité parmi les plus élevés du pays.

Il y a quelques mois, les habitants ont voté pour un maire populiste et europhobe :

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Peter Davies, du petit parti des "Anglais démocrates", fier de ses premières réformes.

La société britannique voit les inégalités géographiques et sociales se creuser toujours un peu plus

Entre 2007 et 2008, quand les revenus des plus aisés augmentaient de 63 euros par semaine, les plus modestes perdaient eux près de 13 euros.

Des inégalités qui se traduisent aussi sur un plan géographique.

David Parry est basé à Barnsley à quelques kilomètres au nord de Sheffield. Pour le porte-parole de l'Alliance pour la ré-industrialisation, un lobby national et européen, il faut absolument que l’activité économique soit mieux répartie. Que les investisseurs soient incités à venir dans le nord du pays.

David Parry

Les retraites anglaises sont parmis les plus petites d'Europe.

A Wakefield, à une soixantaine de kilomètres de Sheffield, c’est un quartier plutôt tranquille, à l’écart du centre-ville. Au milieu des petites maisons en tuiles rouges, c'est au pub, le Red Lion, que les retraités du coin viennent boire une pinte ou jouer aux dominos.

Bonnet sur la tête, cigarette éteinte au bout des doigts, ils ont entre 55 et 75 ans. Tous ont le visage marqué, on leur donnerait bien 10 ans de plus. Ils ont cumulé différents emplois tout au long de leur vie.

Il y a Gene, une des rares femmes du pub qui vit avec une retraite de 630 euros par mois, bien en-deçà du seuil de pauvreté ; Austin, un veuf qui est passé de la mine à la boulangerie ; Barry, qui a commencé à travailler à l'âge de 15 ans ; et puis le cadet, John et ses angoisses liées à la retraite.

La retraite en Angleterre c’est 400 euros pour une personne seule, un peu plus de 600 euros pour un couple, l'une des retraites les plus basses d'Europe.

Les salariés sont donc obligés de placer leur argent dans des fonds de pension privés. Un système qui après avoir bien fonctionné dans les années 90 a souvent coulé en même temps que les cours de la bourse. Résultat : des adhérents privés de leur retraite complémentaire.

La gestion économique et sociale façon New Labour semble donc avoir laissé de côté toute une partie de la population. Alors la question se pose, comment vont voter ces retraités ?

On parle beaucoup d'abstention dans cette élection, mais les retraités dans l'ensemble ont pour habitude de voter et même, de voter travailliste.

Mais cette fois, pour la plupart, ce sera un vote sanction.

Retraités au pub Red Lion

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