La police turque a repris le contrôle de la place Taksim, dans le centre d'Istanbul, berceau du mouvement de contestation qui dure depuis 12 jours en Turquie. Tenues anti-émeute, gaz lacrymogène, le message est clair : le mouvement doit se terminer.

Évidemment ça ne va pas de soi. L'opération a donné lieu à de violents affrontements entre les forces de sécurité et des centaines de manifestants. En milieu de journée, la police anti-émeute a même fait une brève incursion, d'une dizaine de minutes, dans le parc Gezi, celui qui doit être transformé en centre commercial et à partir duquel s'est focalisé le mécontentement.

Les contestataires occupent toujours un campement de fortune à l'intérieur du parc, qu'ils disent vouloir protéger du projet immobilier voulu par le gouvernement islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan. Plusieurs milliers sont venus en fin de journée reprendre la place Taksim, donnant lieu à de nouveaux affrontements avec les forces de l'ordre.

Peu après 19h, la police est à nouveau intervenue pour disperser les manifestants avec des gaz lacrymogènes.

Pourtant l'ambiance semblait s'être calmée en fin de journée. Le récit sur place d'Antoine Giniaux.

Le Premier ministre a redit mardi sa détermination à ne pas céder à la pression de la rue, après plus de dix jours de manifestations qui se sont étendues à plusieurs villes du pays. Il a toutefois accepté de recevoir mercredi des représentants des manifestants.

"Ils disent 'le Premier ministre est dur'. Alors que faire ? Est-ce que nous allons nous mettre à genoux devant ces gens-là ? Si vous appelez cela de la dureté, je suis désolé mais Tayyip Erdogan ne changera pas..."

Pour le chef du gouvernement, ce mouvement de contestation constitue une tentative délibérée de nuire à l'image et à l'économie de la Turquie.

"J'invite les manifestants à quitter le parc et je le leur demande en tant que Premier ministre", a dit Erdogan. "L'économie turque est visée à travers ces événements. Des efforts destinés à ternir l'image de la Turquie sont mis en oeuvre dans le cadre d'un plan systématique", a-t-il ajouté.

"Taksim partout, résistance partout"

Le mouvement lancé fin mai pour protéger les arbres du parc Gezi et la place Taksim, lieu hautement symbolique pour la gauche turque, s'est transformé en vaste contestation de l'AKP, au pouvoir depuis 2002.

Dans la matinée, la police a tiré au canon à eau sur des groupes de manifestants qui lançaient dans sa direction des pierres, des cocktails Molotov et divers objets. Non loin de là, plusieurs centaines de manifestants portant des masques sur le visage pour se protéger des gaz lacrymogènes se sont rassemblés sur les marches menant de la place Taksim au parc Gezi.

"Taksim partout, résistance partout", ont scandé les manifestants.

La police a lancé par haut-parleurs des appels au calme : "Chers amis de Gezi. Cette situation ne nous satisfait pas. Nous ne voulons pas intervenir. Nous ne voulons pas vous faire de mal. S'il vous plaît, retirez-vous."

Après de violents affrontements au début du mois, qui ont abouti à la mort de trois personnes et fait environ 5.000 blessés dans tout le pays, les forces de l'ordre s'étaient jusqu'ici tenues à distance de la place Taksim. Les manifestants en ont profité pour s'installer sur la place, dont ils contrôlaient les accès protégés par des barricades.

Recep Tayyip Erdogan a qualifié à de multiples reprises les manifestants de voyous en défendant la légitimité de son gouvernement démocratiquement élu.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.