[scald=109311:sdl_editor_representation]par Benjamin Mallet et Dominique Vidalon

PARIS (Reuters) - La fuite de gaz sur l'un des gisements de Total en mer du Nord va coûter cher au groupe pétrolier français mais la situation semble sans commune mesure avec la marée noire survenue en 2010 dans le golfe du Mexique après l'explosion d'une plate-forme de BP.

Selon les analystes interrogés par Reuters, le coût pour Total pourrait se limiter à 150 millions de dollars (113 millions d'euros) si la fuite est rapidement colmatée, ou au contraire atteindre au minimum 10 milliards de dollars si la plate-forme du champ d'Elgin-Franklin finissait par exploser.

Total n'a pas exclu mardi que la réparation prenne plusieurs semaines, voire jusqu'à six mois, et cherchait toujours mercredi la cause exacte de la fuite.

La perspective d'une échéance lointaine pour la résolution de cette crise industrielle, la plus grave que Total ait connue depuis le naufrage de l'Erika en 1999 et l'explosion de l'usine AZF en 2001, a brutalement fait chuter le titre en Bourse mardi. L'action a perdu 5,96%, entraînant pour la capitalisation boursière du groupe un plongeon d'environ six milliards d'euros.

Le titre Total perdait encore près de 1% à 38,23 euros mercredi après-midi.

"Bien qu'il soit beaucoup trop tôt pour effectuer une évaluation fiable de l'impact de la fuite de gaz (...) pour Total, on peut estimer un coût minimal de 150 à 200 millions de dollars dans le meilleur des cas (arrêt limité à deux semaines), voire beaucoup plus si la situation actuelle devait perdurer plusieurs mois", selon CM-CIC securities.

Alors que le champ d'Elgin-Franklin a représenté à lui seul 2,5% de la production de Total en 2011, l'intermédiaire évalue en outre le manque à gagner pour le groupe entre 3,6 et 5 millions de dollars par jour d'arrêt des opérations.

LÉGISLATION MOINS STRICTE AU ROYAUME-UNI

Le creusement d'un puits de secours pourrait coûter à lui seul 44 millions de dollars, évalue de son côté Exane BNP Paribas.

Pour les analystes de Bank of America Merrill Lynch, si une explosion avait finalement lieu, "l'impact pourrait s'élever à 10 milliards de dollars" pour Total.

Ce montant inclut la perte des gisements et de la plate-forme et près de deus milliards de dollars pour nettoyer les dégâts environnementaux, mais il exclut d'éventuelles amendes.

La plupart des observateurs soulignent cependant que la situation sur le champ d'Elgin-Franklin est loin d'être aussi critique que celle de la plate-forme Deepwater Horizon, dans le golfe du Mexique, dont l'explosion et le naufrage avait fait onze morts en avril 2010 et entraîné une grave marée noire.

Au total, le britannique BP a dû provisionner 37,2 milliards de dollars pour faire face aux conséquences de cet accident.

Alors que neuf millions de barils de brut se sont échappés du puits Macondo foré pour le compte de BP après l'accident, les analystes soulignent que seul du gaz et des produits "légers" s'échappent du puits d'Elgin, ce qui devrait nettement limiter la pollution.

Certains relèvent en outre que l'activité économique des côtes britanniques est moins importante que celle des états américains bordant le golfe du Mexique, et que le Royaume-Uni n'a pas pour le moment mis en place une législation impliquant des sanctions aussi lourdes que celles infligées par les Etats-Unis en cas de pollution des eaux.

"Nous ne prévoyons pas que Total encoure des amendes majeures ou qu'il doive passer des provisions (...) aussi importantes que celles de BP dans le cas de Macondo", ont estimé les analystes d'Exane BNP Paribas.

"Ce genre d'accidents est souvent difficile à résoudre et imprévisible. Néanmoins, nous pensons que la probabilité est faible de voir cette fuite atteindre les proportions d'une crise comparable à celle de Deepwater Horizon", a de son côté écrit Fitch.

Selon l'agence de notation, Total devrait conserver sa notation crédit AA même dans l'éventualité de la fermeture complète du gisement d'Elgin.

Avec Alice Cannet, édité par Dominique Rodriguez

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