L’étrange équipée nocturne du procureur Chalret auprès du corps de Bouli.

En avril 2007, nous avions révélé le rôle particulièrement suspect joué par le Procureur général près la Cour d’appel de Versailles (circonscription où le corps de Robert Boulin a été retrouvé), Louis-Bruno Chalret, proche du SAC, de Jacques Foccart et de Roger Frey, prévenu de la découverte du corps de Robert Boulin, entre une heure et deux heures du matin, soit bien avant l’heure officielle, 8 h 40.

L’amie intime de ce magistrat très spécial, Marie-Thérèse Guignier, une proche des milieux gaullistes, ancienne collaboratrice de Robert Boulin (Fonction publique, Santé), nous avais confirmé, lors de plusieurs entretiens queChalret avait immédiatement prévenu les principaux services de l’Etat et l’Elysée grâce au REGIS (Réseau électronique gouvernemental inter-administratif spécial), l’interministériel de l’époque, avant de se rendre sur place, à l’étang Rompu, où le corps de Boulin a été retrouvé, avec une équipe d’hommes de confiance , que Chalret avait alors qualifié de « gendarmes ».

Quelques jours plus tard, le Procureur général confie à son amie : « C’est un truc à emmerdes. On a tout fait minutieusement comme il fallait. J’ai tout surveillé. Rien n’a été laissé au hasard. » « Chalret était l’homme qu’il fallait pour ce genre de choses » , nous explique Marie-Thérèse Guignier.

Ecoutez un extrait de l’un de nos multiples entretiens enregistrés par téléphone puis à son domicile avec Marie-Thérèse Guignier, administratrice judiciaire, où elle raconte le coup de téléphone de Chalret : « Je lui ai dis :« Fais gaffe, traites ça comme un crime. Chalret s’est rendu sur place dans les bois ».

Marie-Thérèse Guignier

Marie-Thérèse Guignier, aujourd’hui décédée, avait été entendue dans la procédure, le 19 octobre 1984. Elle n’avait alors pas révélé ce qu’elle savait de l’affaire Boulin. Quant à Louis-Bruno Chalret, il est mort le 14 juin 1993, dans un accident de voiture. Il se serait endormi au volant.

document

Quand le procureur général de l’affaire Boulin faisait libérer des truands.

C’est un document explosif jamais entièrement dévoilé jusqu’ici. Dix pages d’écoutes téléphoniques de la Préfecture de police de Paris faisant état de « liens étroits existant » entre l’avocat Pierre Lemarchand, député de l’Yonne dont le nom est cité dans l’affaire Ben Barka, le magistrat Louis-Bruno Chalret qu’on retrouve dans l’affaire Boulin, et « des membres de la pègre ».

Ce document daté du 22 novembre 1966 se conclut ainsi : « La nature des relations entre le député et la pègre est abondamment démontrée : il s’agit d’un trafic d’influence d’autant plus sordide et plus scandaleux qu’il touche le haut banditisme, le plus difficile à maîtriser. »

C’est le Journal du dimanche, le 29 novembre 1981 , qui évoque pour la première fois l’existence de ces écoutes, mais de façon partielle, en citant quelques extraits mettant en cause Pierre Lemarchand.

Outre Pierre Lemarchand, ces écoutes mettent en évidence le rôle central joué par le Procureur général, Louis-Bruno Chalret alors détaché auprès du ministère de l’Intérieur dirigé par Roger Frey.

A trois reprises, Chalret est cité directement dans ces écoutes policières :

« Il semble quele « canal » utilisépar le député [Lemarchand] pour obtenir ce brillant résultat [la libération d’un membre de la pègre] ait été, d’une part Monsieur TAUPIGNON, sous-préfet, chef de cabinet de Monsieur le garde des Sceaux [Jean Foyer], d’autre part,Monsieur Louis-Bruno CHALRET,Procureur général, actuellement détaché auprès du Ministre de l’Intérieur en qualité de conseiller technique au cabinet du directeur de la Sûreté nationale. » (p. 4)

« Maître Lemarchand, alerté sans délai [de l’arrestation d’un truand], obtenait au prixd’une intervention faite probablement par le « canal » de MM. CHALRET-TAUPIGNON, la mise en liberté immédiate de PANOUSSIAN et de ses complices. » (p. 6)

« Par ailleurs, dans une conversation en date du 15.6.1965, GUEDJIAN [un truand] expliquait à sa maîtresse que« Pierre » [Lemarchand] avait au téléphone et devant lui « engueulé CHALRET »Il est également question de Monsieur TAUPIGNON. » (p. 9)

> Consulter les 10 pages d’écoutes téléphoniques.

Adressées alors au Préfet de police de Paris, Maurice Papon, il n’en tiendra aucun compte...

Pierre Lemarchand est mort en janvier 2009, à 83 ans. Il a toujours nié le moindre lien avec le « milieu », comme dans ses mémoires « Barbouze du général » (Le Cherche-Midi, 2005) : « Affirmation assez ubuesque » , écrit-il, à ce propos. « Belle légende de l’avocat ouvrant grand les portes des prisons aux malfrats » . « C’était plutôt avec la pègre que l’on entendait me faire cousiner ! » , écrit encore Pierre Lemarchand, à l’attention de ses détracteurs, avant d’ajouter : « Seul le mépris peut répondre à de telles insanités. »

__

témoignage inédit

Lucien Aimé-Blanc :

Le procureur Chalret était une barbouze judiciaire des réseaux Foccart.

Commissaire-adjoint de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI), première brigade anti-gang de la Préfecture de police de Paris, Lucien Aimé-Blanc révèle avoir, lui aussi, été confronté aux étranges méthodes du Procureur général, Louis-Bruno Chalret : « C’était plus une barbouze qu’un magistrat » , résume l’ex-patron de l’OCRB (Office central de répression du banditisme).

Lucien Aimé-Blanc revient sur le parcours de Chalret dans les années 1960 auprès du ministre de l’Intérieur, Roger Frey, chargé de la lutte anti-OAS, aux côtés notamment d’Alexandre Sanguinetti (voir plus haut), en liaison avec le SAC et des truands « chargés d’infiltrer l’OAS ».

« Chalret était un personnage central chargé d’organiser les libérations conditionnelles de voyous, explique Luicien Aimé-Blanc. Le contrat était simple : on vous fait sortir de prison, mais vous travaillez pour nous ! »

__

« Chaque fois qu’on arrêtait des truands [liés au gang des Lyonnais] à la BRI, trois-quatre mois après, ils étaient relâchés, après intervention de Chalret » , ajoute Lucien Aimé-Blanc.

Lucien Aimé-Blanc

Pour Lucien Aimé-Blanc, Chalret était « l’homme idoine » pour « écraser » l’affaire Boulin et « donner une orientation différente à l’enquête de ce qu’elle aurait dû avoir. »

__

Lucien Aimé-Blanc

Lucien Aimé-Blanc se dit prêt à témoigner devant la justice.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.