Le rapport du comité d’experts rwandais estime que :

1/ L’assassinat du président Habyarimana (de retour du sommet de Dar-es-Salam, le 6 avril 94) était programmé de longue date, dans le cadre d’un véritable « coup d’Etat » devant accompagner le génocide des tutsis, par les extrémistes hutus (relayés dans l’armée par une association baptisée AMASASU) qui n’ont pas accepté le compromis politique avec les Front patriotique rwandais (FPR) prévu par les accords d’Arusha (incluant le FPR dans le gouvernement de transition et dans l’armée). Le général Déogratias Nsabimana, chef d’Etat-major de l’armée rwandaise, opposé au plan du génocide, a été contraint à la dernière minute par les officiers militaires les plus extrémistes d’accompagner le président Habyarimana dans son avion.

2/ Les tirs qui ont abattu l’avion sont venus du domaine militaire de Kanombe , où se trouve un camp de la garde présidentielle, contrôlée par les unités spécialisés des Forces armées rwandaises (FAR). C’est ce qu’expliquent d’anciens membres des FAR, des techniciens et des employés de l’aéroport ainsi que des militaires de la MINUAR (Mission des nations unies pour l’assistance au Rwanda) et de la coopération technique militaire belge. Une version validée par une équipe d’experts en balistique britanniques dans un rapport daté du 27 février 2009.

> Lire le rapport des experts britanniques (112 pages)

3/ Le matin même du 6 avril 94, les fréquences de communication des FAR sont brusquement modifiées et la garde présidentielle est mise en alerte . Juste après l’attentat, comme si elles étaient déjà prêtes à entrer en action, les unités des FAR se sont immédiatement déployées au sein de l’aéroport (confisquant les registres de vols, coupant l’électricité et le téléphone), ainsi que dans les points stratégiques de Kigali, donnant ainsi le signal aux premiers massacres. Sans aucune explication, l’accès au lieu de l’attentat est tout de suite interdit à la MINUAR par la Garde présidentielle.

4/ Contrairement à ce qu’affirme l’ordonnance du juge Bruguière, les FAR disposaient bien d’armes anti-aériennes (missiles et lance-missiles) commandés à l’URSS, la Corée du Nord, l’Egypte, la Chine et le Brésil, susceptibles d’avoir été utilisés dans l’attentat. Des spécialistes en artillerie anti-aérienne avaient également été formés, notamment en France.

5/ Immédiatement après l’attentat, des militaires français ont recherché activement, jusqu’au 7 avril 94, « la boîte noire » du Falcon 50 dans l’épave de l’avion, « boite noire » qui sera par la suite l’objet de manipulations, notamment par l’intermédiaire du capitaine Paul Barril. Voir notre enquête du 16 septembre 2009 « Quand des mercenaires français s’activent en plein génocide » : Certains membres de la garde présidentielle comme Grégoire Zigirumugabe ou le para-commando Léonard Ntibategera affirment que cette « boite noire » aurait été retrouvée à l’époque par les Français dans les débris de l’avion.

6/ Des stratégies d’intoxication ont été mis en place par les extrémistes hutus afin de faire porter la responsabilité de l’attentat aux militaires belges de la MINUAR (envoyés au Rwanda en novembre 93 pour assurer le suivi de l’application des accords d’Arusha, 10 casques bleus belges seront assassinés le 7 avril 94 provoquant le retrait de la Belgique du contingent de la MINUAR) et au FPR : montage de messages-radios, manipulation autour du lieu d’où serait partie les missiles et autour de la découverte de tubes lance-missiles.

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