L'AUBE DISSOUT LES MONSTRES

Ils ignoraient

Que la beauté de l'homme est plus grande que l'homme

Ils vivaient pour penser ils pensaient pour se taire

Ils vivaient pour mourir ils étaient inutiles

Ils recouvraient leur innocence dans la mort

Ils avaient mis en ordre

Sous le nom de richesse

Leur misère leur bien-aimée

Ils mâchonnaient des fleurs et des sourires

Ils ne trouvaient de cœur qu'au bout de leur fusil

Ils ne comprenaient pas les injures des pauvres

Des pauvres sans soucis demain

Des rêves sans soleil les rendaient éternels

Mais pour que le nuage se changeât en boue

Ils descendaient ils ne faisaient plus tête au ciel

Toute leur nuit leur mort leur belle ombre misère

Misère pour les autres

Nous oublierons ces ennemis indifférents

Une foule bientôt

Répétera la claire flamme à voix très douce

La flamme pour nous deux pour nous seuls patience

Pour nous deux en tout lieu le baiser des vivants.

Paul Eluard ( "Le lit la table", 1943)

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