Mario Vargas Llosa
Mario Vargas Llosa © Radio France / vincent josse

Roger Casement a vécu au début du 20è siècle. D iplomate irlandais de renom, il s est battu pour l indépendance de l Irlande, mais il a été pendu en 1916. Son nationalisme l avait amené à demander aux allemands d aider les Irlandais à combattre les Anglais. A u delà de sa traîtrise, il est fort probable que ses moeurs aient accéléré sa perte: son homosexualité dérangeait. Pendu, donc, à 52 ans, alors qu il vécut en héros.

Vargas Llosa alterne les chapitres où le diplomate attend la mort en prison et ceux où, bien avant son arrestation, il vit dangereusement pour relater et dénoncer les atrocités du colonialisme.

Roger Casement est un diplomate exemplaire. Il rédige deux rapports qui dénoncent les méfaits du colonialisme. Pourquoi ? Parce qu’il se rend au Congo et constate que les Belges en plein commerce du caoutchouc maltraitent horriblement les Africains. Même constat en Amazonie péruvienne où les Indiens sont victimes de la violence des Anglais.

Et Vargas Llosa qui s empare souvent de personnages historiques pour décrire et dénoncer la barbarie éprouve à l évidence de la sympathie pour ce diplomate courageux, citoyen du monde, comme lui (Vargas Llosa est un grand voyageur).

Le romancier écrit : «Dans un homme, il y a des hommes ». On peut être un héros et, comme les autres, un être traversé « d anges et de démons ». Roger Casement flirte avec le Kaiser pour défendre une Irlande libre, trahison certes en temps de guerre, mais surtout grande naïveté. Il agit ainsi surtout contre l’occident colonialiste, contre ce qu il a vu : des belges d’abord puis des Anglais sanguinaires qui, dans une course au profit, asservissent, battent et abattent africains et indiens. Au moindre signe de rébellion ou de fatigue, les colons coupent les mains, la langue, le sexe et frappent à coup de chicotte, c est un fouet redoutable qui marque la peau.

Vargas Llosa, pourfendeur de la dictature dans sa littérature, vomit les hommes capables de cette abjection et c est dans la colère qu il excelle. On devine dans ces passages sur le colonialisme sa totale empathie avec la colère de Casement. Il fait sien l éc oe urement de son héros, dans un élan romanesque formidable, et l’ on devine l apport des romanciers qui l ont formé, façonné : le souffle de Dumas, la colère et la conscience politique de Hugo.

Le romancier péruvien est un ancien marxiste devenu libéral au début des années 70. Ses ennemis le disent réactionnaire. Or, « le rêve du Celte » définit son libéralisme: un acharnement à vouloir les hommes libres, une détermination à fustiger ceux qui les contraignent, en sachant que même les héros ont des failles et ne sont pas forcément des saints: « Dans un homme, il y a des hommes ».

"Le Rêve du Celte", Mario Vargas Llosa, Gallimard.

Gallimard
Gallimard © Radio France / Vargas Llosa
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