J L Trintignant
J L Trintignant © Radio France / V Josse

Comme il doit être heureux, Jean-Louis Trintignant. Le public de l'Odéon, théâtre parisien dans lequel il n'avait jamais joué, lui fait un triomphe, dix minutes d'applaudissements après plus d'une heure durant laquelle, le comédien octogénaire, en pull noir, pantalon noir, dit trois poètes libertaires: Vian, Prévert, Desnos.

Trintignant est assis sur une chaise rouge, avec à droite le violoncelliste Grégoire Korniluk et l'accordéoniste Daniel Mille. Les mains un peu crispées, la toux qui s'invite de façon impromptue, le corps fatigué, Trintignant fait avec l'âge qui vient mais termine le spectacle victorieux. Les poètes le revigorent et c'est à eux qu'il doit sa survie. En remontant sur scène après la mort de sa fille Marie en 2003, grâce à l'accordéoniste Daniel Mille et à sa femme Marianne, Trintignant a vaincu la mort qui l'attirait. Il a dit Aragon, redit Apollinaire puis ce trio de poètes libertaires. La soirée tourne d'ailleurs autour de la mort, de la guerre, de l'amour. Les poètes ont écrit et vécu dans les années 30, 40, 50. On croirait que le comédien a composé un autoportrait avec les mots de ceux qui l'accompagnent depuis son adolescence. La violence de la guerre marque leur poésie, la brièveté de la vie aussi. L'humour et la littérature les sauvent. Le comédien sait dire leurs poèmes d'une voix sûre et musicale. C'est un basson qui aurait la grâce d'une flûte traversière. Dans la salle, pour une fois, aucune toux ne vient troubler la représentation. Communion parfaite entre l'acteur, les brillants musiciens, les poètes convoqués et les spectateurs. Trintignant émeut et sert admirablement ceux qu'il a choisis de faire renaître.

Ce spectacle "trois poètes libertaires, Vian, Prévert, Desnos" est certainement inoubliable. Il va tourner encore jusqu'en 2013 et un disque enregsitré en public vient de sortir, avec cette même capacité d'émotion.

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