Haidar el Ali :

Alors qu’on remorquait le Joola, le pouvoir disait : ‘‘attendez les instructions…’’

Haïdar el Ali est une figure de la défense de l’environnement au Sénégal : lutte contre la déforestation ou la pêche à l’explosif, protection des mangroves...

Avec ses plongeurs de club de l’Océanium, il est l’un des premiers à partir de Dakar avec deux embarcations légères de 7 et 11 mètres pour tenter de porter secours aux victimes du Joola. « On ne pouvait pas ne pas partir » , dit-il.

Haïdar el Ali, dont l’un des fils est mort en mer en 1993, raconte ses 17 heures de navigation pour se rendre sur place et sa colère face à ce qu’il considère comme l’inertie des autorités sénégalaises, notamment « un bateau de la navire sénégalaise » qui mouillait à proximité du naufrage dès le petit matin. De sa propre initiative, Haïdar el Ali décide de plonger dans les entrailles du navire.

Haïdar el Ali

Haïdar el Ali raconte sa plongée dans le Joola confronté à « des centaines et des centaines de corps » avec des parents qui tenaient encore leur enfant dans les bras, signe de la rapidité du naufrage. Les plongeurs d’Haïdar sortiront 368 corps du navire, avant d’être stoppés par les autorités sénégalaises.

Haïdar el Ali

Pendant plusieurs heures, Haïdar el Ali a ensuite remorqué le Joola, dans l’attente d’une instruction des autorités sénégalaises... qui n’est jamais venue.

Haïdar el Ali

La Françafrique est encore puissante et protège ses intérêts économiques.

Un renflouement du navire (qui git par 18 mètres de fond à 22 kilomètres des côtes gambiennes) réclamé par les familles, serait-il encore possible ? « C’est techniquement encore possible » , assure Haïdar el Ali, comme les russes l’ont fait pour le sous-marin nucléaire Koursk. Il dénonce le rôle néfaste de « la Françafrique encore puissante » dans ce dossier.

Haïdar el Ali

Le dossier du Joola est devenu un enjeu politique. Aujourd’hui engagé dans la vie publique aux côtés des écologistes sénégalais, Haïdar el Ali dénonce ce qu’il considère comme une dérive autocratique et violente du régime sénégalais. « On est en train de ‘‘duvalieriser’’ le pays » , comme en Haïti, estime Haïdar el Ali, qui milite aujourd’hui clairement pour le départ du pouvoir du président Wade et de ses proches. « Et ce jour-là, témoigne Haïdar el Ali, vous verrez : les gens parleront… Tant que ce pouvoir sera en place le dossier du Joola n’avancera pas. »

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Haïdar el Ali

Demandes des familles des victimes

Nassardine Aïdara :

Je n’abandonnerai pas mes enfants au fond de l’ocean.

Nassardine Aïdara est polytechnicien, ingénieur en génie civil à Dakar. Il a perdu ses quatre enfants, trois garçons et une fille (Souleymane, Aliou, Bachirou et Fatou) dans le naufrage du Joola.

Aujourd’hui coordinateur du Comité d’initiative pour l’érection du Mémorial-Musée Le Joola (qui regroupe l’essentiel des associations sénégalaises et françaises de familles de victimes), il évoque l’ « irresponsabilité », « l’incompétence et le laxisme » des autorités sénégalaises tant dans la gestion du bateau que la gestion de la catastrophe. « 7 ans après, on veut protéger certaines personnes et faire en sorte que l’on oublie le dossier du Joola : ce n’est pas possible ! » .

Nassardine Aïdara a perdu ses 4 enfants dans le naufrage.

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Nassardine Aïdara explique l’importance à ses yeux d’un renflouement du Joola et la question du « devoir de mémoire » et le refus des autorités sénégalaises d’ériger un mémorial en souvenir des victimes. ‘’La place du souvenir’’ à Dakar où devait être installé ce mémorial a servi à des défilés de mode…

Nassardine Aïdara, coordinateur du Comité d’initiative pour l’érection du Mémorial-Musée Le Joola

Nassardine Aïdara se réjouit des mandats d’arrêts internationaux lancés par la justice française car « le Sénégal a manqué à son devoir de justice ». « Laissons les autres faire le travail que nous aurions du faire… »

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Nassardine Aïdara

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