PARIS (Reuters) - L'intensité de la pauvreté augmente en France et les jeunes sont les plus touchés, s'inquiète le Secours catholique dans son rapport annuel publié mardi.

Intitulé "Jeunes, une génération précaire", ce rapport statistique sur l'évolution de la pauvreté en France veut "provoquer une prise de conscience" nationale sur l'ampleur de la précarité chez les 18-25 ans.

En 2010, le Secours catholique a rencontré 1.492.000 personnes, soit 2,3% de plus que l'année précédente.

"Les personnes que nous recevons sont parmi celles qui ont les ressources les plus faibles", dit à Reuters Bernard Thibaud, secrétaire général du Secours catholique. "L'intensité de la pauvreté augmente, et les plus pauvres sont de plus en plus pauvres", ajoute-t-il, relevant que le revenu mensuel moyen des personnes accueillies est de 576 euros, très en-deçà du seuil de pauvreté.

De plus en plus de familles avec enfants se présentent, et plus de la moitié viennent chercher une aide alimentaire. Signe d'un "durcissement de la pauvreté", d'après l'organisation, la proportion de situations déjà connues augmente légèrement.

Plus diplômés et plus qualifiés que les générations précédentes, les jeunes sont aussi plus précaires. En 2010, ils représentaient 12% des personnes rencontrées par l'organisation caritative, dont 92% vivent en-dessous du seuil de pauvreté.

"Il n'y a pas de changement notable d'une année sur l'autre, en revanche, (...) on se rend compte que les jeunes sont aujourd'hui les plus touchés par la pauvreté", explique Bernard Thibaud.

"La difficulté des jeunes à pouvoir s'autonomiser va croissante", ajoute-t-il, décrivant une précarité aux multiples visages, avec des travailleurs, des familles, des étudiants, ou encore des demandeurs d'emploi.

FAMILLE, EMPLOI ET LOGEMENT FRAGILISÉS

Une tendance que confirment les chiffres de l'Insee. D'après une étude de 2009, le taux de pauvreté est de 22,5% chez les 18- 24 ans, contre 13,5% pour l'ensemble de la population.

"Les trois facteurs qui soutenaient l'autonomie des jeunes - la famille, l'emploi CDI et le logement - sont très fragilisés aujourd'hui", explique Bernard Thibaud.

Parmi les jeunes vus par l'organisation en 2010, 30% n'ont aucune ressource, plus de 40% sont au chômage et 36,1% vivent dans un "substitut de logement" (hôtel, pension, caravane, péniche, famille, rue, etc.) contre 20,1% des plus de 25 ans.

De nombreux jeunes en difficultés entre 22 et 25 ans habitent chez leurs parents. L'association constate ainsi que "la pauvreté des jeunes est aussi celle de leurs familles". D'après ses calculs, à revenus identiques, la présence d'un jeune sans revenu dans un foyer diminue de 25% le revenu d'un couple, et de 33% celui d'une mère seule.

Au-delà de leur situation, le Secours catholique s'alarme également de l'inquiétude des jeunes quant à leur avenir.

D'après une enquête menée en mars et avril derniers auprès de 1071 jeunes de 18 à 25 ans, 23,9% des jeunes redoutent de ne pas trouver un emploi.

"Il faut retisser de la confiance entre les jeunes (...) et la société", conclut le Secours catholique dans son rapport.

Regrettant que l'Etat soit "globalement peu présent à leurs côtés", il préconise, entre autres mesures, la création d'une allocation de soutien à l'autonomie des jeunes, l'extension du RSA activité aux jeunes travailleurs dès 18 ans et le maintien des prestations familiales jusqu'à l'âge de 20 ans pour le dernier enfant à charge.

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par Chine Labbé

Edité par Patrick Vignal

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