Le procès Marina, c'est l'histoire d'une enfant maltraitée, morte sous les coups de ses parents, comme on en juge parfois aux assises. Mais on n'y entend pas, d'habitude, la parole de l'enfant.

Marina à l'âge de 4 ans
Marina à l'âge de 4 ans © D.R. / D.R.
Marina à l'âge de 4 ans
Marina à l'âge de 4 ans © D.R. / D.R.

Jeudi matin, cour d'assises du Mans. On projette à l'attention des jurés et du public l'audition de Marina devant les gendarmes, le 23 juillet 2008, soit un an avant sa mort. Une enquête a été ouverte, après le signalement de son école. Comme le prévoit la loi, l'entretien, d'une durée de 45 minutes, est filmé. L'enfant a 7 ans, elle paraît bien menue, assise dans un grand fauteuil de bureau, en jupe blanche et t-shirt rose à manches longues; les cheveux joliment coiffés en chignon.

La voix flutée de Marina envahit la salle d'audience.

-"Où est ce que tu vis? demande la gendarme.

  • Avec ma maman et mon papa , répond l'enfant.

  • Est ce que quelqu'un te fait du mal? - Non. Personne."

Dans le box des accusés, ses parents fixent l'image. La mère fond en larmes, le père se fige.

Quand il entendra résonner le rire de sa fille, il fermera les yeux, le corps secoué de tremblements.

On les juge pour actes de tortures et de barbarie. La liste des sévices subis par la petite donne la nausée. Sur le papier tout est simple : ce sont des monstres, qui ont détruit leur enfant. Mais à quelques mètres, ce sont deux êtres humains qui sanglotent. Le maelström d'émotions que provoque le procès n'est pas facile à évacuer; entre colère, empathie et attendrissement, quand Marina raconte sa joie d'avoir bientôt un nouveau cartable, avec des roulettes.

Comment ne pas se laisser envahir par la rage et le dégoût? Comment faire son métier, quand même, comment raconter sans juger, même si la gorge se serre, même si les larmes ne sont pas loin? On peut choisir, par exemple, de garder certaines choses. La voix, le rire de Marina, sa drôle de façon de prononcer les "s", un "garchon" pour un garçon. Les témoignages de ceux qui l'ont aimée, sa grand-mère, ses instituteurs, un médecin scolaire, une maman dont la fille partageait la chambre de Marina à l'hôpital.Tous décrivent une enfant adorable, souriante, attachante. Elle adorait l'école, se souvient son maître de CP. Elle faisait des dessins très colorés, se rappelle une institutrice. Elle aimait le chocolat, raconte la maman. Pendant quelques minutes, on réussit à oublier l'enfant martyr, pour se souvenir de Marinette. C'est comme ça que l'appelait le directeur de son école. Elle répondait en riant : "tu sais, je m'appelle Marina "!

S'il n'y avait qu'une vertu à ce procès, outre celui, bien sûr, de rendre la justice, ce serait celui ci : redonner son nom, sa place, son sourire à cette petite fille dont on ne connaissait jusqu'ici qu'un portrait peu flatteur. Une photographie d'école, diffusée lors de sa pseudo-dispatrition, orchestrée par ses parents pour cacher sa mort, montrant une fillette au visage gonflé, les yeux réduits à des fentes. Celle que l'on vu dans l'enceinte de la cour d'assises était une petite blondinette à la voix mutine, au regard pétillant. Une petite fille qui souriait.

Le 26 juin 2012, Virginie Darras et Eric Sabatier ont été condamnés à 30 ans de réclusion criminelle, assortis d'une période de sûreté de 20 ans.

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