Inventé par un industriel français, le titre-restaurant est inscrit dans la loi depuis septembre 1967. Retour sur l’un des avantages sociaux les plus populaires chez les salariés.

Le titre-restaurant permet de déjeuner dans 184 000 établissements en France. (photo d'illustration)
Le titre-restaurant permet de déjeuner dans 184 000 établissements en France. (photo d'illustration) © Maxppp / NCY

« J’ai créé le ticket restaurant comme un moyen de marketing ! ». L’inventeur du titre-restaurant n’est autre qu’un industriel français : Jacques Borel. Rien à voir donc avec une volonté de progrès social pour les salariés, mais bel et bien un moyen de faire fructifier les affaires.

En 1962, Jacques Borel ouvre un restaurant, L’Auberge Express, à deux pas des Champs-Elysées, à Paris. « J’avais très peu d’argent. Trois mois après le démarrage du restaurant, il me fallait 100 clients de plus par jour. La seule façon d’avoir des clients, c’était d’aller prospecter dans les entreprises autour avec des bouts de papiers, je n’avais même pas moyen de les imprimer, j’avais pris des vieux rouleaux de tickets de cinéma, et suivant la couleur : le jaune était deux francs, le vert était 3 francs, le rouge, 4 francs et le violet 5 francs ». L’homme d’affaire vend alors ses bons aux entreprises du quartier, que les salariés échangent contre des repas dans son restaurant.

Jacques Borel s’est en fait largement inspiré d’une idée d’un médecin anglais, quelques années auparavant. Pour faciliter le déjeuner du personnel de sa clinique, le docteur Winchendron a imaginé des bons-repas, utilisables chez des restaurateurs avec lesquels il avait passé un accord.

Très vite, les tickets de cinéma transformés en bons repas se vendent comme des petits pains. Mais Jacques Borel veut aller encore plus loin : convaincre le gouvernement d’exonérer de charges sociales et d’impôts les tickets restaurant. « ll m'a fallu cinq ans et demi et 1940 visites pour cela », explique-t-il.

Finalement, en septembre 1967, le gouvernement de Georges Pompidou, alors Premier ministre, dote le ticket-restaurant d’un cadre législatif. Le titre-restaurant devient un véritable titre de paiement, l’employeur prend à sa charge entre 50 et 60% de la valeur totale du chèque et bénéficie d’avantages fiscaux. Pour les salariés, cela représente un avantage social.

Très vite, d’autres sociétés repèrent le filon et le titre-restaurant se décline en plusieurs marques : Ticket Restaurant, Chèque-déjeuner, Chèque restaurant, Chèque de table. Fort de son succès en France, Jacques Borel exporte l’idée du ticket restaurant en Allemagne, en Belgique, en Espagne et en Italie dans les années 1970.

Aujourd’hui, des milliers de salariés français utilisent un titre-restaurant chaque jour. Le marché de 5.5 milliards d’euros est contrôlé par quatre sociétés « historiques ». En 2014, la dématérialisation des titres-restaurant est lancée. La France, qui a inventé le titre-restaurant, est l’un des derniers pays dans le monde à passer au ticket sous forme de carte à puce…

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