Le 13 novembre, à l'occasion de sa première grande conférence de presse du quinquennat, François Hollande a tenté de reconquérir les Français avec lesquels il entend instaurer un "face-à-face" à même de répondre aux doutes d'une opinion qu'il juge "extrêmement stressée". Pendant 2 heures 30 de conférence de presse, le Président de la République a répondu aux questions de près de 400 journalistes. Il a justifié son action et a précisé le cap à suivre. Résumé, extraits et analyses de la première conférence de presse du président Hollande.

En résumé

Cyril Graziani à l'Elysée

  • Politique sociale

François Hollande a appelé les partenaires sociaux à un compromis historique sur la sécurisation de l'emploi, à deux jours de la reprise d'une négociation compliquée. La négociation n'a pas repris depuis le 25 octobre, date à laquelle les syndicats avaient dénoncé les propositions "inacceptables" du patronat sur les licenciements collectifs.

"J'appelle toutes les organisations syndicales (...) et les employeurs (...) à nouer cette négociation, à la conclure, et à faire ce compromis historique, sinon le gouvernement prendra làencore la décision", a dit le président français lors d'une conférence de presse.

Invités par le gouvernement à trouver un accord avant la fin de l'année, les partenaires sociaux examineront à partir de ce jeudi un texte global élaboré par les organisations patronales àpartir des discussions menées avec les syndicats.

Quatre champs ont été définis : lutter contre la précarité sur le marché du travail, anticiper les évolutions de l'activité, de l'emploi et des compétences, améliorer les dispositifs de maintien de l'emploi et améliorer les procédures de licenciement.

  • La Syrie

La France reconnaît la nouvelle coalition regroupant l'opposition syrienne comme le futur gouvernement provisoire du pays, a annoncé mardi François Hollande.

"J'annonce ici que la France reconnaît la coalition nationale syrienne comme la seule représentante du peuple syrien et donc comme le futur gouvernement de la Syrie démocratiquepermettant d'en terminer avec le régime de Bachar al Assad", a dit le président français lors d'une conférence de presse.

Il n'a pas exclu que dans un second temps la France puisse livrer des armes à ce gouvernement."S'il y a un gouvernement légitime de la Syrie, la question des livraisons d'armes sera reposée", a déclaré François Hollande.

Les différentes composantes de l'opposition syrienne réunies à Doha, au Qatar, ont conclu dimanche sous la pression internationale un "accord initial" sur la formation d'une nouvelle instance représentative censée resserrer les rangs rebelles et favoriser la chute du régime de Damas.

La Ligue arabe a salué sa formation, mais ne l'a pas adoubée comme unique représentant légitime du peuple syrien. François Hollande a réaffirmé que la France excluait toute intervention militaire qui ne serait pas décidée par le conseil de sécurité des Nations unies.

"Aujourd'hui, il n'est pas dans cette disposition d'esprit dès lors que la Russie s'y oppose. Donc nous agirons différemment au nom de principes de protection de la population civile", a-t-il expliqué.

  • La compétitivité

François Hollande a défendu le pacte de compétitivité présenté la semaine passée par son gouvernement, qui repose sur un crédit d'impôt de 20 milliards d'euros pour les entreprises, comme un "levier" pour créer de l'emploi.

Le chef de l'Etat, qui tenait sa première conférence de presse à l'Elysée, a assumé le choix de la TVA pour en financer une partie et laissé la porte ouverte à un relèvement ultérieur de la contribution sociale généralisée (CSG) dans le cadre d'une réforme du financement de la protection sociale.

"Ce n'est pas un cadeau, comme je l'entends, que l'Etat fait. C'est un levier qui offre au système productif, c'est-à-dire aux salariés, aux ouvriers, aux travailleurs, ceux qui font tous les jours la production de notre pays, un moyen de traverser la crise", a-t-il dit.

"Ce pacte, c'est un exercice de vérité sur le coût du travail, qui n'est pas tout mais qui est tout sauf rien dans les échanges, au niveau de l'Union européenne", a-t-il dit.

Il a défendu la simplicité du dispositif, un crédit d'impôt indexé sur la masse salariale équivalant à une baisse de 6% du coût du travail, et son caractère "supérieur a toute autre formule, puisque les sociétés paieront d'autant moins d'impôt qu'elles auront plus d'emploi et plus de masse salariale".

S'agissant de son financement, il sera assuré pour moitié par une "restructuration" des taux de TVA, a fait valoir François Hollande, en rappelant qu'il avait fait annuler une "hausse massive" de cet impôt votée par la précédente majorité, qui devait faire passer le taux normal de 19,6% à 21,2%.

La hausse de 0,4 point prévue à compter de 2014 sera "quatre fois moins que ce qui avait été prévu". Quant à la baisse de 0,5 point du taux réduit de TVA, à 5%, elle profitera aux catégories populaires, et le relèvement à 10% du taux intermédiaire "permettra de régler une fois pour toutesla TVA sur la restauration, un feuilleton français qui dure depuis des années."

A un journaliste qui lui rappelait son engagement de campagne de ne pas procéder à de hausse de la TVA, François Hollande a répondu : "J'ai annulé d'abord celle qui me paraissait injuste (...) mais j'assume. Parfois, nous devons corriger et, si c'est 0,4 point qui peuvent faire problème entrenous, je les prends à mon compte".

Il a reconnu qu'une solution alternative aurait pu être le recours à la CSG, pour ajouter toutefois que "ç'eut été prendre le risque de fausser la concertation voulue par le Premier ministre sur l'avenir du financement de la protection sociale".

Celle-ci devra répondre à la question de savoir si les cotisations sociales "doivent reposer sur le seul facteur travail".

  • Droit de vote des étrangers

François Hollande a déclaré qu'il n'engagerait la réforme du droit de vote des étrangers aux élections locales qu'une fois assuré d'une majorité des trois cinquièmes des parlementaires pour la révision nécessaire de la Constitution.

"Le droit de vote des étrangers aux seules élections municipales ne pourra pas passer par décret. Ce n'est pas le président de la République qui décide du droit de vote", a déclaré le chef de l'Etat lors d'une conférence de presse.

Une modification de la Constitution nécessite de rassembler une majorité des trois cinquièmes des députés et sénateurs réunis en Congrès.

"Aujourd'hui, cette majorité n'est pas constituée, et donc j'ai dit au gouvernement qu'il travaille pour constituer cette majorité", a précisé François Hollande.

"Lorsque cette majorité sera envisagée, je prendrai mes responsabilités, mais pas avant", a-t-il dit.Le chef de l'Etat a déclaré qu'il n'avait pas l'intention, pour le moment, de recourir à un référendum sur la question. "Un référendum en ce moment?", a-t-il lancé, en référence à la situation économique "grave" du pays. "Si nous n'aboutissons pas dans la voie parlementaire, je verrai dans quel état sera la société", a-t-il ajouté.

François Hollande sur le droit de vote des étrangers

  • Le gouvernement

François Hollande s'est décrit comme un président "pleinement responsable" mais respectueux des institutions et a renouvelé sa confiance au gouvernement. Lors d'une conférence de presse à l'Elysée, le président de la République a assuré être "responsable de tout mais (un président) qui ne décide pas de tout, parce que je veux respecter nos institutions".

Mettant en avant son respect des institutions, du gouvernement mais aussi des partenaires sociaux, le chef de l'Etat a indiqué: "Je ne me substitue pas aux ministres, j'interviens au moment où je le pense nécessaire, soit avant soit après et je laisse le gouvernement travailler."

François Hollande a également renouvelé sa confiance au gouvernement et à son Premier ministre, qu'il a décrit comme un homme sérieux, loyal, dévoué à la cause publique et concret. "Il sait ce que décider, diriger veut dire et ce que les Français veulent, c'est-à-dire une traduction immédiate de ce qui a été décidé."

François Hollande sur les couacs du gouvernement

D'autres thèmes ont été évoqués pendant les 2h30 de l'intervention, en voici quelques extraits :

La conférence de presse, extraits

François Hollande répond aux questions des journalistes

  • A propos des otages au Mali

C'est le moment de les libérer, les ravisseurs n'ont rien à espérer en les gardant et en plus ce sont les Africains qui vont intervenir au Mali, ce n'est pas la France. Nous engageons tout ce qu'il est possible de faire, mais nous n'allons pas mettre en cause la politique de la France et donc sa sécurité parce que nous serions sous la pression

  • Au sujet de la grève de la faim du maire EELV de Sevran (Seine-Saint-Denis), Stéphane Gatignon, en grève de la faim

Je comprends la détresse de ce maire, ensuite on peut discuter de la méthode. Nous allons agir, nous allons prendre des décisions : augmenter la dotation de solidarité urbaine de 50%, faire progresser la dotation de solidarité urbaine de 120 millions d'euros et mettre en place des fonds de solidarité, disons de péréquation, avec un levier beaucoup plus important.

  • A propos de l'arrestation de la miltante de Batasuna, Aurore Martin, extradée en Espagne

Elle a été arrêtée le 1er novembre par la gendarmerie lors d'un contrôle fortuit, puis remise à l'Espagne en vertu d'un mandat d'arrêt européen. Aucun ministre n'est intervenu dans cette affaire.

  • Au sujet de la niche fiscale pour l'outre-mer

Si nous l'avions supprimée, c'eut été pour le logement social, pour l'investissement productif, pour ces territoires, pour ces régions, une catastrophe. Pendant un an, les ministres concernés travailleront pour trouver le meilleur dispositif pour que l'investissement soit soutenu et stimulé en outre-mer, et donc l'emploi.

  • A propos de la "révolution copernicienne" dont a parlé son ministre de l'Economie Pierre Moscovici

Aujourd'hui, nous avons à faire un effort pour que notre offre soit consolidée, plus compétitive et je l'assume ! Et en même temps, nous devons préserver la demande et faire la mutation, c'est-à-dire comprendre que le monde est en train de changer, que la transition vers une nouvelle façon de produire, de consommer, de nous transporter. Et c'est là que nous devons nous enrichir d'apports qui sont ceux de tout notre environnement. Nous devons faire cette révolution

  • Au sujet de la Syrie et de la constitution d'une coalition nationale syrienne

J'annonce ici que la France reconnaît la coalition nationale syrienne comme la seule représentante du peuple syrien et donc comme le futur gouvernement de la Syrie démocratique permettant d'en terminer avec le régime de Bachar al Assad.

  • Sur la question de la livraison d'armes à l'opposition syrienne

Cette question (de livraison d'armes) sera nécessairement reposée, pas simplement à la France, mais à tous les pays qui reconnaîtront ce gouvernement.

  • A propos de l'austérité

Je réaffirme ici l'objectif d'avoir le déficit de 3% et pas davantage, et en même temps la volonté de croissance et la souplesse qui doit être aussi le comportement de l'Europe

  • Les critiques de la presse

Je ne suis touché par rien. Franchement, j'ai une conception de la liberté de la presse qui fait que je ne suis touché par rien, et je la respecte.

  • Au sujet de l'exploitation du gaz de schiste

La recherche est possible sur d'autres techniques que celle de la fracturation hyraulique. Pour l'instant, cette recherche n'a pas abouti, je ne peux pas l'interdire, elle n'est pas interdite pas la loi

  • Au sujet de Manuel Valls qui a estimé que la droite était responsable du retour du terrorisme et a provoqué la colère des députés de l'UMP

Si je puis donner ce conseil et aux uns et aux autres, à ceux qui sont aujourd'hui au gouvernement, à ceux qui sont dans l'opposition: ne perdons pas notre temps, ne nous divisons pas, ne polémiquons pas, ne cherchons pas à utiliser je ne sais quelle phrase à des fins de politique intérieure. C'est trop grave.

  • A propos de l'éventuel projet de loi sur le droit de vote des étrangers

Le gouvernement ne déposera le texte que si la perspective de son adoption est assurée. Le droit de vote des étrangers aux seules élections municipales ne pourra pas passer par décret. Ce n'est pas le président de la République qui décide du droit de vote

  • A propos des tensions au sein des partis de la majorité

Je ne souhaite pas qu'un seul parti gouverne notre pays. Et donc, il y a trois partis qui sont représentés au gouvernement, le Parti socialiste, les écologistes et les Radicaux de gauche. Je leur demande d'être à la fois ce qu'ils sont, d'apporter leur singuralité et d'être solidaires. Une majorité, elle a besoin de cohérence, elle a besoin aussi de respect.

  • Sur le mariage pour tous

Je ne suis pas convaincu que si c'est la droite qui, après-demain ou encore plus tard accède aux responsabilités, elle reviendra sur cette réforme, pas plus que la droite espagnole est revenue sur ce qu'avait fait le gouvernement Zapatero là-dessus.

  • Au sujet de son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault

Je l'ai choisi -comme Premier ministre- car j'ai une grande confiance en lui (...) J'ai pensé que c'était lui qui pouvait conduire le gouvernement d'abord parce qu'il est sérieux, loyal, dévoué et concret

Le discours du président, extraits

François Hollande s'est d'abord exprimé une trentaine de minutes et a évoqué les sujets suivants, extraits:

  • Un compromis avec les partenaires sociaux ?

J'appelle toutes les organisations syndicales (...) et les employeurs (...) à nouer cette négociation, à la conclure, et à faire ce compromis historique, sinon le gouvernement prendra là encore la décision.

  • La réforme des banques

La réforme séparera les activités de dépôt, de crédit, que les Français connaissent, qui les rassurent, de celles liées à la spéculation, qui les inquiètent. Elle interdira aussi les produits toxiques et mettra de l'ordre dans les rémunérations comme dans les bonus.

  • Le chômage

Nous n'acceptons pas cette progression continue du chômage. Ce sera la priorité du quinquennat, ce sera ma responsabilité.

  • L'augmentation des impôts

C'est grâce à cet effort mené pour 2012 et engagé pour 2013 que, pour atteindre l'équilibre des finances publiques à la fin du quinquennat, il sera possible de se tourner essentiellement du côté des économies budgétaires et non plus du côté des prélèvements.

  • Le non-cumul des mandats

Nous ferons le non-cumul des mandats

  • Au sujet de sa popularité

Je ne prépare pas le sort d'une prochaine élection, je prépare le sort d'une prochaine génération.

  • Au sujet de l'augmentation des taux de TVA

En 2013, rien ne sera demandé aux Français. La refonte de la TVA prévue par le pacte de compétitivité permettra de régler une fois pour toutes la question de la TVA dans la restauration. Ce sera 10%" au 1er janvier 2014, contre 7% aujourd'hui

  • Sur le "choc de compétitivité"

On me dit, mais il faut faire un choc, ça fait chic, paraît-il. Mais l'économie n'aime pas les chocs, ce que demandent les acteurs de notre économie c'est au contraire de la visibilité, de la stabilité et pas des improvisations, et pas simplement des mesures de circonstance

  • Pour François Hollande, la crédibilité de la France sur les marchés financiers est assurée

Notre crédibilité est aujourd'hui assurée, les taux d'intérêt sur notre dette publique sont parmi les plus bas de notre histoire

  • Au sujet des relations avec l'Allemagne et de la valeur des taux d'intérêt qui s'applique aux emprunts de la France

Nous avons réduit l'écart avec l'Allemagne de près de 40%, pour ceux qui s'interrogent sur les rapports que nous avons avec l'Allemagne, et qui sont bons

  • Le président se dit favorable au versement d'une nouvelle aide à la Grèce

La Grèce attend de recevoir le soutien de l'Europe et du Fonds monétaire international. Ce soutien qui lui a été promis, je considère qu'au-delà encore des quelque mises au point de modalités techniques, ce soutien lui est dû, pour en terminer aussi avec ce qui a pu être un doute sur l'intégrité de la zone euro

  • François Hollande souligne la gravité de la situation que traverse le pays

Une alternance change le pouvoir mais elle ne change pas la réalité

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