PARIS (Reuters) - Deux juges ont réuni mardi à Paris les avocats de dignitaires de l'actuel régime rwandais pour leur présenter ce qui est considéré comme un document décisif pour expliquer l'origine du génocide qui a fait quelque 800.000 personnes en 1994, pour la plupart de l'ethnie tutsie.

Il s'agit d'un rapport d'experts sur l'origine des tirs de missiles contre un avion en avril 1994 à Kigali qui avaient causé la mort le président rwandais hutu Juvénal Habyarimana et de 11 autres personnes dont le président burundais Cyprien Ntaryamira et quatre membres d'équipage français.

Le travail mené sous la direction des juges français Marc Trévidic et Nathalie Poux laisserait penser que le camp des extrémistes hutus pourrait être responsable de ces tirs, et non les proches de l'actuel président tutsi Paul Kagame, comme on le pensait jusqu'ici, assurent mardi plusieurs médias français.

Les précisions de Sara Ghibaudo :

Aucune analyse indépendante n'était cependant disponible dans l'immédiat et cette interprétation semble provenir de la défense des six militaires proches de Paul Kagame mis en examen du fait de la première orientation de l'enquête décidée par un précédent juge, Jean-Louis Bruguière, en 2006.

Ce travail d'experts a été réalisé après un transport des juges et des techniciens sur les lieux de l'attentat à Kigali en septembre 2010.

La présentation complète du document, qui se déroule à huis clos, devait s'achever en début de soirée. Des déclarations des avocats étaient prévues en fin de journée. Une conférence de presse doit se tenir à Paris mercredi. L'ambassade du Rwanda a dépêché un chargé de communication au tribunal.

La source du génocide rwandais et son déroulement restent mystérieux et font toujours l'objet de vifs débats diplomatiques et politiques. La délivrance de mandats d'arrêt par le juge Bruguière en 2006 contre les proches de Paul Kagame avait provoqué la rupture des relations diplomatiques entre Paris et Kigali.

Paul Kagame considérait que Paris tentait de lui renvoyer la responsabilité du génocide. Les relations diplomatiques ont été rétablies depuis. En déplacement au Rwanda en février 2010, le président Nicolas Sarkozy a reconnu des "erreurs" de la France, qui soutenait le régime Habyarimana, dont sont issus les génocidaires.

Thierry Lévêque, édité par Patrick Vignal

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