Le rapport d’expertise balistique :

Aucun élément pouvant accréditer une préméditation de tirs…

Le rapport d’expertise du 15 novembre 2001 exonère les policiers de toute intention préméditée d’exécuter Jacques Mesrine.

« Jacques Mesrine a retiré brusquement sa main droite du volant. Les policiers étaient à ce stade en présence d’un risque mortel grandissant, note le rapport. Les policiers n’avaient, d’autre choix que de tirer pour se prévenir d’un tir adverse ou d’une explosion, ou attendre l’ouverture du feu pour riposter s’ils étaient toujours en état de le faire. Ils ne pouvaient plus, au stade où ils étaient reconnus, stopper l’opération sans risques catastrophiques pour des tiers et eux-mêmes . »

Dans un style un peu alambiqué, le rapport n’exclut pas que le geste de Mesrine ait pu être mal interprété par les policiers, sans remettre en cause la légitimité de l’ouverture du feu :

« Dans ce contexte de tension nerveuse extrême, nous ne pouvons exclure totalement que la levée de ses bras ait pu être perçue par un tireur comme une impression subliminale d’agression imminente déclenchant son tir lequel s’est effectué dans les mêmes fractions de seconde que les tirs déclenchés par le mouvement de la main de Jacques Mesrine . »

Conclusion de l’expert : « De l’ensemble du dossier et du modu operandi de cette opération, aucun élément pouvant accréditer une préméditation de tirs que nous pourrions qualifier de tirs d’exécution délibérée ne se dégage . »

L’un des tireurs sur procès-verbal :

Je me suis dit : "il prend une arme", et j’ai tiré

Entendus entre mars et mai 2001 dans le cadre de l’instruction rouverte en 2000 pour "assassinat", les policiers de la BRI sont revenus sur les conditions de la mort de Jacques Mesrine. Extraits.

« L’un d’entre nous a crié : « Police ! » témoigne l’un des quatre tireurs. Mesrine a eu un brusque mouvement, se penchant vers la gauche et lançant sa main droite vers le bas de sa portière. Tant à son regard qu’à la soudaineté de ce geste,j’ai instantanément compris qu’il avait l’intention de tenter une résistance . J’ai immédiatement réagit en ouvrant le feu pour protéger mes collègues. » Il ajoute que les trois autres inspecteurs ont dû « ressentir la même chose au même moment puisque, dans la même fraction de seconde, au moment où j’ouvrais le feu, j’ai entendu une brève salve éclater à côté de moi . »

Un autre tireur témoigne : « Je me suis dit qu’il allait prendre un pistolet ou des grenades, flinguer les collègues ou les passants. Ça a été un flash, je me suis dit : il va flinguer les collègues, et j’ai tiré en direction de Mesrine. J’ai tiré une fois. Il n’y a pas eu de commandement de tir, chacun a réagi individuellement, et notre réaction à tous les quatre a été la même. »

Sur le temps qui s’écoule entre les sommations et les tirs, les tireurs n’ont pas tous la même version :

« Le temps entre le moment où j’ai crié : « Police ! » et celui où j’ai fait usage de mon arme m’a paru relativement long », explique l’un d’entre eux. « Tout est allé si vite , déclare un autre. Je me suis dit : il prend une arme, et j’ai tiré . »

Des divergences également sur l’attitude de Jacques Mesrine :

« Il a plongé vers la gauche enpivotant __ », dit l’un. « J’ai vu Mesrine qui regardait devant lui de façon détendue, les deux mains posées sur le haut du volant. En fait, je pense qu’il ne nous a pas vus », indique un autre tireur.

Mais tous affirment qu’ils n’avaient reçu aucune consigne préalable de tirer les premiers :

« Je suis formel : je n’ai reçu aucun ordre particulier dans cette affaire », déclare l’un d’entre eux. Robert Broussard avait simplement « donné pour consigne de protéger au maximum les collègues », affirme un autre policier. « Je n’ai reçu aucune instruction d’abattre Mesrine ou d’instructions ambiguës », conclut Robert Broussard, lui-même, sur procès-verbal.

(Source : Le Monde, 13 juillet 2001)

Philippe Roizès :

Une coproduction entre les policiers et Mesrine

Philippe Roizès
Philippe Roizès © Benoît Collombat / Benoît Collombat
Philippe Roizès est l’auteur d’un documentaire très fouillé, "Mesrine, fragments d’un mythe", diffusé le mercredi 21 octobre à 20H 45 sur la chaîne Planète Justice.

L’auteur reconstitue toutes les étapes de la vie de Mesrine, en donnant la parole à tous ceux qui ont croisé sa route, jusqu’à la fusillade de la porte de Clignancourt.

Philippe Roizès a rencontré la plupart des fonctionnaires de police mobilisés dans la traque de Mesrine.

Il explique que le gangster a probablement "esquissé un geste", sans que le mystère ne puisse être levé sur sa nature exacte...

Philippe Roizès a également interrogé un ex-inspecteur de la BRI (Brigade de recherche et d’intervention) qui conteste certains points de la version officielle de la mort de Mesrine. Ainsi, ce policier affirme avoir ouvert lui-même la portière de Mesrine, et que les grenades étaient : « fermement maintenues par un sparadrap », et non pas par un simple élastique…

Lors de son travail de préparation, l’auteur du documentaire a pu avoir une conversation téléphonique avec l’un des policiers qui a tiré sur Mesrine. Selon cet homme, Mesrine n’a probablement pas vu les tireurs et « ne sait pas comment il est mort »…

Vous pouvez retrouver sur ce lien la bande annonce de son documentaire

L’arrêt de non-lieu : Les policiers étaient « au moment des tirs dans les conditions de la légitime défense »

Dans son arrêt du 1er décembre 2005, la Cour d’appel de Paris, confirme le non-lieu prononcé en octobre 2004 par le juge Thouvenot dans les termes suivants :

« Considérant que l’information a été complète, précise et suffisante ; que les éléments constitutifs d’un assassinat n’ont pas été établis ; qu’en revanche les conditions de l’intervention ont été suffisamment mises en lumière pour dire que les forces de l’ordre pouvaient raisonnablement croire qu’elles se trouvaient en péril actuel ou imminent, les policiers pouvant légitimement penser que leurs vies et celles des passants sur la voie publique étaient immédiatement menacées ; qu’ainsi les forces de l’ordre se sont effectivement trouvées au moment des tirs dans les conditions de la légitime défense . »

Christian Bonnet :

Giscard m’a dit : « Il faut en finir ! »

Le 3 février 1997, au micro d’Emmanuel Laurentin, sur France Culture, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Christian Bonnet raconte comment le président de la République, Valéry Giscard d’Estaing lui intime l’ordre de stopper Mesrine par tous les moyens… Il décrit Mesrine comme « un fauve », qui bénéficiait « de la sympathie de la presse et de l’opinion publique »…

Christian Bonnet explique également en quel terme il demande à Maurice Bouvier, directeur central de la Police judiciaire, de retrouver Mesrine : « Vous ne prenez aucun risque ! », autrement dit : « Vous n’hésitez pas à tirer… »

Dans cette archive, on entend également la voix du commissaire Broussard, évoquant la pression du sommet de l’Etat qui pesait alors sur ses épaules…

André Bizeul :

Comment j’ai alerté, en vain, d’un projet d’évasion de Mesrine

C’est un épisode méconnu de la "saga Mesrine" : dès mars 1978, alors que Mesrine est emprisonné à la Santé, les autorités françaises disposaient d’informations crédibles émanant des Canadiens sur l’existence d’un plan d’évasion de l’"ennemi public-numéro 1".

Faute d’en avoir réellement tenu compte, Mesrine s’est « fait la belle », en mai 1978.

Le commissaire de police André Bizeul, alors à la Brigade criminelle, était aux premières loges de cette affaire. Témoignage…

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