Audition du 20 juin 2000 : «Il m’a été remis les deux tubes lance-missiles »

Le 20 juin 2000, Paul Barril apporte de nouvelles précisions qu’il n’avait auparavant « pas voulu signaler pour des raisons de sécurité personnelle . »

Paul Barril explique notamment que « lorsque les deux tube lance-missiles » censés avoir abattus l’avion sont découverts le 25 avril 1994, il se trouvait « à Gabdolite (Zaïre) chez le président Mobutu », qu’il tient au courant des avancées de son « enquête » sur l’attentat. Ces lance-missiles aurait ensuite été « remis » à Barril, « de retour de Kigali », après avoir été « découverts par la population » (…) à environ 1,5 kilomètres des postes de tir » déterminés par Barril.

Par la suite, il affirme avoir « déposé ces deux tubes lance-missiles à l’état-major » des Forces armées rwandaises (FAR), avant d’être « déposés à Goma entre les mains des services de Mobutu », puis de perdre leur trace.

Lire les principaux extraits de la première audition de Paul Barril.

Audition du 9 septembre 2003 : « Les deux tubes lance-missiles, je précise ne les avoir jamais eu entre les mains »

Pourtant, dans sa troisième déposition, le 9 septembre 2003, Barril change complètement de version : « En ce qui concerne les deux tubes lance-missiles, je précise ne les avoir jamais eu entre les mains. Je n’ai pas non plus eu l’occasion de les voir à l’état-major des F.A.R. »

Il ne sera pas questionné sur ce revirement spectaculaire…

Lire les principaux extraits de la première audition de Paul Barril.

En décembre 1998, au vu des documents photographiques qui lui avaient été transmis, la Mission d’information sur le Rwanda avaient conclu qu’il était « probable que les lanceurs contenant les missiles n’aient pas été tirés : sur les photocopies des photos, le tube est en état, les bouchons aux extrémités de celui-ci sont à leur place, la poignée de tir, la pile et la batterie sont présents. » Il ne s’agissait donc pas des missiles utilisés dans l’attentat contre l’avion du président Habyarimana.

Voir le rapport de la Mission d’information

L’ambassadeur de France au Rwanda, Georges Martre déclare devant la Mission d’information que « retenir la responsabilité des extrémistes hutus, qui avaient déjà des difficultés à tirer au mortier et au canon, reviendrait à admettre qu'ils aient bénéficié d'une assistance européenne pour l'attentat. ».

Une phrase qui sonne étrangement au vu des éléments concordants démontrant l’assistance technique de militaires français, ou de mercenaires, auprès des extrémistes hutus…

L’entretien inédit de Paul Barril : « de la diplomatie secrète pour le compte de la France »

Tuez-les tous - rwanda
Tuez-les tous - rwanda © radio-france
En 2004, France 3 diffuse un documentaire « Tuez-les-tous ! Enquête sur un génocide ‘‘sans importance’’ » (disponible en DVD ou visible ici), réalisé par Raphaël Glucksmann, David Hazan et Pierre Mezerette, décortiquant avec minutie le rôle de l’Etat français dans le processus ayant abouti au génocide.

Pour les besoins de leur enquête, les auteurs ont interviewé longuement Paul Barril. Un entretien qui ne sera finalement pas intégré dans le montage final, mais dont nous avons pu consulter le script intégral.

Lire la transcription de cet entretien.

Paul Barril détaille notamment son action secrète au Rwanda, et son statut très particulier de gendarme « en disponibilité donc disponible » au « statut quelque peu particulier (…) toujours payé par la Défense » : « C’était une mission officielle » , explique Barril, « ce qu’on appelle de la diplomatie parallèle, ou de la diplomatie secrète, pour le compte de la France » .

Il affirme qu’il remettait régulièrement des « fiches » à François de Grossouvre, qui lui avait demandé « d’infiltrer le FPR (…) jusqu’à la racine et de le contrôler » .

Concernant son implication dans le dossier Bruguière, à qui il rend « hommage » : « J’ai agi en franc-tireur , dit Barril, ce que j’appellerai de la justice secrète. »

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Il met en avant à plusieurs reprises ses liens avec les « services » (avec « les services actions de la DGSE » , au nom de la France en position de « co-bélligérant » ) et son action qu’il juge patriotique pour contrer l’influence américaine dans la région ( « Qui est derrière Kagamé ? Ce sont les américains » affirme Barril) : « Je suis toujours officier de gendarmerie, dit-il, je suis retraité, mais je suis conseiller de chef d’Etat dans le domaine de la lutte anti-terroriste, ça me donne accès à Interpol, ça me donne accès à beaucoup de choses. Pour plusieurs pays, officiellement, nommé par décret. Donc on parle d’Etat à Etat. Je [ne] parle plus [de] Paul Barril, français, mais je parle [de] Paul Barril, conseiller de tel chef d’Etat qui demande que… et qui donne. »

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« Quand vous rentrez dans un service, dans une machine, vous le restez jusqu’à votre mort. On défend d’abord les intérêts de son pays, c’est la première des choses. Il n’y a pas plus bleu-blanc-rouge que moi » , affirme-t-il encore, décrivant sa fierté de hisser à nouveau le drapeau français après avoir « repris » l’ambassade de France, alors que le génocide vient de débuter :

« Je suis resté à Kigali [NDR : qu’il compare à « Dien Bien Phu »] pour galvaniser l’ensemble , explique Barril (…) Quand on a remonté les couleurs, il y a eu une ovation générale parce que tout le monde croyaient que les Français restaient » .

Mais sur l’équipe qui l’accompagne sur le terrain, Barril reste elliptique : « C’était mes gens à moi, comme toujours. »

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Fait intéressant, Barril ne cache pas son implication de formation commando sur le terrain auprès de l’armée rwandaise pour contrer le FPR : « Des gens ont été formés. Je n’ai pas honte de vous dire : la France avait formé dans les personnels du rwandais 67 commandos de recherche et d’action en profondeur. Sur 67, il en restait 25 de vivants. Les 25 de vivants, c’est la première chose que j’ai faite quand je suis arrivé : sortez des rangs, vous venez avec moi, ça, ils ont intégré mes trucs. Le CRAP, c’est des gens qui ont été formés par les services français, dont les instructeurs qui participaient aux interrogatoires. »

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« Les gens venaient me voir : capitaine, on a tiré la dernière cartouche, donnes nous des munitions de kalash » , raconte-t-il ainsi à propos de la bataille autour de Kigali, tout en regrettant ne pas avoir été « assez épaulé dans [sa] mission »

Barril donne également son analyse très personnelle du génocide des tutsis : « Celui qui est responsable du génocide, qui doit être jugé, c’est celui qui fait l’attentat, dit-il, à l’unisson de l’enquête Bruguière (…) Le vrai génocide, c’est un génocide de hutu, c’est pas un génocide de tutsi. »

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