PARIS (Reuters) - William Taylor, un des deux avocats américains de Dominique Strauss-Kahn, a relancé vendredi la thèse d'un complot dans l'affaire du Sofitel de New York qui a précipité la chute de l'ex-directeur général du Fonds monétaire international.

"Nous ne pouvons plus exclure la possibilité que Dominique Strauss-Kahn ait été la cible d'un effort délibéré de le détruire en tant que force politique", écrit-il dans un communiqué publié vendredi.

Sa déclaration fait suite à une enquête du journaliste Edward Jay Epstein publiée par un magazine américain, le New York Review of Books, qui, dit-il, "met sérieusement en question le comportement des représentants de l'hôtel Sofitel à New York et du Groupe Accor à travers le monde".

"Nous les appelons à avancer une explication complète aux questions soulevées par M. Epstein", ajoute-t-il.

Aucune réaction n'a pu être obtenue dans l'immédiat auprès du groupe Accor.

Le 18 septembre dernier, interrogé sur TF1 sur un éventuel complot destiné à torpiller ses ambitions présidentielles, Dominique Strauss-Kahn avait répondu sans plus de précision: "Un piège, c'est possible, un complot, nous verrons."

Arrêté le 14 mai à l'aéroport John Fitzgerald Kennedy de New York alors qu'il était le favori des sondages pour la présidentielle de 2012 en France, l'ex-ministre socialiste a été poursuivi pour agression sexuelle et tentative de viol sur une femme de chambre du Sofitel de la 44e rue.

A la demande du procureur de Manhattan Cyrus Vance, la justice a renoncé en août aux poursuites en raison des doutes sur la crédibilité de la parole de Nafissatou Diallo.

Une procédure au civil lancée par les avocats de la femme de chambre est toujours en cours.

TÉLÉPHONE PIRATÉ

Dans cet article, mis en ligne sur le site de la revue, Edward Jay Epstein, qui s'appuie notamment sur les enregistrements des caméras de vidéosurveillance de l'hôtel, retrace minute par minute ce qui s'est passé le 14 mai.

Il rappelle qu'il s'est écoulé une heure entre le moment où la femme de chambre a dit à son superviseur avoir été agressée et le moment où l'hôtel a prévenu la police new-yorkaise et évoque une série de contacts téléphoniques entre des responsables du groupe Accor, qui possède l'hôtel.

Il écrit également qu'au moment où le chef de la sécurité de l'hôtel, Adrian Branch, vient de composer le 911, le numéro de la police, deux employés de l'hôtel ressortent de son bureau en se congratulant et en se livrant à ce qu'il qualifie d'"extraordinaire danse de célébration qui dure trois minutes".

Un de ces deux employés, souligne-t-il, a accompagné Nafissatou Diallo jusqu'au bureau du chef de la sécurité. L'autre les y a rejoints.

"Il n'y a toujours aucune explication des raisons pour lesquelles le personnel de sécurité a différé l'appel au NYPD qui allait aboutir à un scandale impliquant le possible futur président français (...) Pas plus qu'on ne sait pourquoi ces deux hommes faisaient la fête."

Le journaliste écrit également qu'un des téléphones portables de Dominique Strauss-Kahn, un BlackBerry, semble avoir être piraté et que l'ancien directeur général du FMI en aurait été informé le matin du 14 mai.

C'est ce téléphone qui a été perdu. Et qui n'a toujours pas été retrouvé. D'après les relevés, il a été désactivé à 12h51, alors que Dominique Strauss-Kahn avait quitté l'hôtel et qu'il déjeunait avec sa fille.

"D'après des informations électroniques qui ont été portées à la connaissance des enquêteurs en novembre 2011, il apparaît que ce téléphone n'a jamais quitté le Sofitel", révèle Epstein.

Selon le journaliste, Strauss-Kahn a été alerté par un sms envoyé par une amie travaillant pour l'UMP, le parti de Nicolas Sarkozy, qui le prévient qu'un courrier électronique qu'il a adressé à sa femme, Anne Sinclair, via son BlackBerry, a été lu au siège de l'UMP.

"On ignore comme les bureaux de l'UMP ont bien pu recevoir cet e-mail, mais s'il venait de son BlackBerry du FMI, il avait des raisons de penser qu'il était peut-être sous surveillance électronique à New York", relève le journaliste.

"A 10h07, il appelle sa femme à Paris sur son BlackBerry du FMI et dans une conversation qui a duré environ six minutes lui dit qu'il a un gros problème."

Henri-Pierre André

Febienne Sintes a lu l'enquête de Edward Jay Epstein

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