La cour de cassation
La cour de cassation © Fotolia / © Xiongmao

Signe des temps. Le premier est à Berlin, le second consulte des parlementaires à l’Hôtel Matignon. En tout cas, aucun des deux ne vient ce lundi après-midi comme c’est pourtant la tradition, présider l’audience solennelle de rentrée de la Cour de cassation. Comme l’an dernier, Nicolas Sarkozy et François Fillon boudent la cérémonie.

Pourtant, depuis 2001, Présidents ou Premiers-Ministres ne rataient pas cette prestigieuse audience, qui réunit tous les hauts magistrats du Quai de l’Horloge pour une série de discours savants, faisant le plus généralement l’éloge du travail de la Cour, et dans lesquels se glissent parfois des railleries qui esquissent sur les visages des hôtes des sourires amers. Dans les années 2000, Jacques Chirac qui ne portait pourtant pas les juges dans son cœur (et on le comprend un peu plus aujourd’hui), ne s’exonérait jamais de cette rentrée solennelle. Il s’y rendit à quatre reprises et y envoya trois autres fois son Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin puis Dominique de Villepin.

C’est après la présidentielle de 2007 que tout s'est gâté. En janvier 2008, François Fillon siégea aux côtés de la jeune et encore populaire Ministre de la Justice Rachida Dati. Mais les relations entre l’intransigeante patronne de la Place Vendôme et les magistrats se tendirent vite. La réforme de la carte judiciaire, l’avalanche de projets de lois sécuritaires et les coups de colère du chef de l’Etat contre le laxisme présumé des juges (qu’il comparera à des petits-pois) ne passèrent pas. En janvier 2009, Nicolas Sarkozy se rendit à la Cour de Cassation (ce sera donc sa seule apparition du quinquennat). On aurait pu croire qu’il y venait pour déminer le terrain, mais il profita de sa visite chez les hauts magistrats pour leur montrer qui était le chef. Et il annonça à la surprise générale une grande réforme de la procédure pénale comprenant la suppression du juge d’instruction. Le projet sera finalement progressivement abandonné dans les deux ans qui suivront, mais le Président de la République d’une part, et la magistrature d’autre part auront entériné ce jour-là un pacte de défiance mutuelle, une sorte de divorce irrémédiable. En 2010, François Fillon accompagna la nouvelle Ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie venue calmer les esprits, mais les salves vinrent de l’autre bord, avec un réquisitoire critique envers la politique gouvernementale du Procureur Général près la Cour de Cassation. Et Jean-Louis Nadal en remettra une couche l’année suivante en se prononçant cette fois ouvertement pour l’indépendance du parquet français. Mais l’effet perdra de son intensité en l’absence du Président et de son Premier Ministre.

Cette année, le Procureur Général est parti à la retraite et en face, les chaises restent vides. Les absences de Nicolas Sarkozy et de François Fillon sont interprétées comme une marque supplémentaire de la démission du gouvernement pour un monde judiciaire qui souffre pourtant cruellement de reconnaissance et de moyens.

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