Eichmann est jugé en vertu de 15 chefs d’accusation tels que définis par la loi pénale de 1950 sur les nazis et les collaborateurs, elle-même reprenant certaines des qualifications criminelles utilisées à Nuremberg :

  • quatre concernent des crimes envers le peuple juif : les meurtre commis dans camps d’extermination, lors des exécutions massives, par le travail forcé, la constitution de ghettos, les déportations, les stérilisations forcées ;

  • sept concernent des crimes contre l’humanité : ceux commis contre les populations civiles juives des pays occupés, la persécution des juifs pour raisons nationales, raciales, politiques et religieuses, leur spoliation à grande échelle ainsi que la déportation de civils, Polonais et Slovènes, de populations Tsiganes, ou encore l’assassinat des enfants du village de Lidice (rasé en juin 1942, en représailles à l’assassinat de Heydrich par la résistance tchécoslovaque) ;

  • un crime de guerre qui reprend certains faits déjà mentionnés mais sous une autre qualification ;

  • la participation à trois « organisations hostiles » (criminelles) : la SS, le SD (Service de sécurité) et la Gestapo.

Adolf Eichmann (1906-1962)
Adolf Eichmann (1906-1962) © Coll. Mémorial de la Shoah/CDJC.
**Eichmann fut condamné à mort et pendu le 31 mai 1962** . Il est le second et dernier condamné à mort exécuté dans l’histoire d’un pays pourtant en état de guerre depuis plus de soixante ans. Le procès collectionne d’autres particularités. Il est le premier à se concentrer sur la « Solution finale » en tant que telle. Il juge un criminel de guerre nazi répondant seul de ses actes, devant un tribunal civil et non militaire comme Nuremberg. Il s’ouvre tardivement après les faits alors que beaucoup souhaitent tourner la page du passé nazi, en particulier en Allemagne fédérale, pays qui a signé en 1952 un accord de réparation avec Israël – les autorités israéliennes évitent d’ailleurs d’embarrasser le Chancelier Adenauer, critiqué pour tolérer la présence d’anciens nazis dans les institutions fédérales **Il est le premier procès intégralement filmé** et le deuxième grand procès après Nuremberg ayant autorisé l’entrée des caméras dans le prétoire : **l’exposition présente de larges extraits du filmage opéré par Leo Hurwitz** , un précurseur dans son domaine, dont le Mémorial de la Shoah a acquis une copie intégrale, consultable par le public pour la première fois en Europe. On s’y exprime en plus d’une demi-douzaine de langues : l’hébreu, le yiddish, l’allemand, le hongrois, l’anglais, le polonais, le français, reflet du caractère continental de la Shoah. Surtout, il a obligé la justice israélienne à innover dans ses pratiques, dans ses lieux, dans ses procédures. Au procès de Nuremberg, on a contesté aux vainqueurs le droit de juger les vaincus. Au procès de Jérusalem, on conteste aux victimes le droit de juger les assassins, d’où la nécessité d’un procès irréprochable. **Chronologie du procès** ========================== – 11 mai 1960 : Enlèvement d’Eichmann à Buenos Aires par une équipe du Mossad – 22 mai 1960 : Arrivée d’Eichmann en Israël – 23 mai 1960 : Annonce du premier ministre Ben Gourion d’un futur procès – 29 mai 1960 : Début de l’interrogatoire par Avner Less – 23 juin 1960 : Résolution du conseil de sécurité de l’ONU condamnant l’atteinte à la souveraineté de l’Argentine mais reconnaissant l’ampleur des crimes d’Eichmann – 11 avril 1961 : Ouverture du procès, lecture de l’accusation, objections et réponses de parties – 18 avril 1961 : Premiers témoignages et documents sur la Pologne, la Tchécoslovaquie, les ghettos – 8 mai 1961 : La déportation des juifs d’Europe de l’Ouest (France, Belgique, Hollande, Danemark, Italie ; puis d’Allemagne proprement dite) et d’Europe centrale (Yougoslavie, Roumanie, Slovaquie) – 24 mai 1961 : L’extermination des juifs de Hongrie, questions générales – 29 juin 1961 : Interrogatoire d’Eichmann comme témoin par son avocat Me Servatius – 11 juillet 1961 : Contre‐interrogatoire d’Eichmann par le procureur Hausner – 24 juillet 1961 : Témoignages pour la défense sous forme de déclarations écrites – 8 août 1961 : Réquisitoire du procureur Hausner – 14 août 1961 : Plaidoirie de Me Servatius – 11 décembre 1961 : Audience de jugement – **15 décembre 1961 : Eichmann, condamné à la peine de mort, fait appel** – 22 mars 1962 : Réunion de la Cour suprême formée en instance d’appel – 28 mars 1962 : Jugement confirmé. Eichmann présente un recours en grâce auprès du chef de l’Etat – **31 mai 1962 : Recours refusé. Eichmann est pendu vers minuit. Ses cendres sont dispersées en mer, au‐delà des eaux territoriales israéliennes.**
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