Les clubs et associations sportives arrivent en tête des lieux où sont constatées des tentatives d’embrigadement vers les thèses djihadistes. La région Île-de-France organise ce jeudi un colloque sur les moyens de détecter et prévenir ces dérives. Un plan d'action francilien a d’ores et déjà été mis en place.

L'équipe de football de Lagny-sur-Marne a dû changer d'entraîneurs quand la municipalité a découvert que les deux coachs étaient fichés S.
L'équipe de football de Lagny-sur-Marne a dû changer d'entraîneurs quand la municipalité a découvert que les deux coachs étaient fichés S. © Radio France / Cécilia Arbona

C’était juste avant les vacances de la Toussaint. La ville de Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne) découvre avec stupeur que deux entraîneurs de l’équipe de foot locale sont fichés S, suspectés de radicalisation. Ce sont des proches de l’ancien imam de la mosquée de la ville, Mohamed Hammoumi, soupçonné d’avoir participé à une filière de recrutement pour le djihad. La mosquée est fermée depuis décembre 2015.

Le président du club, Manuel Da Silva, n’était au courant de rien, explique-t-il. Il dit d’ailleurs n’avoir observé aucun comportement suspect. "Ces deux-là ont grandi dans le quartier, je les connaissais. Enfants, ils jouaient déjà au club. C’est d’ailleurs l’équipe senior qui a demandé à ce qu’ils soient recrutés. Ils avaient une certaine autorité sur les joueurs".

L'alerte donnée dès 2015 par le renseignement territorial

Depuis, l’un des coachs a été évincé, l’autre est incarcéré. En 2015, un rapport émanant du service central du renseignement territorial, intitulé Le sport amateur vecteur de communautarisme et de radicalité, pointait les dérives sectaires et communautaires au sein des clubs. Patrick Karam, vice-président de la région Île-de-France et inspecteur général de la jeunesse et des sports, va plus loin. "Quasiment tous ceux qui ont commis des attentats étaient dans des clubs sportifs", note-t-il. Club de foot, salle de boxe, stand de tir, arts martiaux : aucune discipline n’est à l’abri, selon lui. 

L’Île de France a d’ailleurs lancé cette année un plan de prévention de la radicalisation dans le sport. Elle propose aux membres des ligues et des comités régionaux une formation permettant de repérer les signaux pouvant indiquer un basculement (refus soudain de serrer la main ou d’être entraîné par une femme, ne plus prendre de douche avec les autres joueurs, etc). Des référents régionaux ont également été désignés.

"Le but n’est pas de jouer les petits délateurs mais de faire de la veille", insiste Patrick Karam. "Si l'on détecte des signaux de radicalisation chez un mineur, on agira en lien avec la famille. Si c’est chez un éducateur, c’est plus grave. Un éducateur, c’est Dieu le père pour un gamin"

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