par Gilbert Reilhac

SOCHAUX, Doubs (Reuters) - Au lendemain de l'annonce de 6.000 suppressions d'emplois chez PSA Peugeot-Citroën, dont 5.000 en France, un fatalisme mêlé d'inquiétude dominait mercredi parmi les salariés de l'usine de Sochaux.

Le berceau historique du groupe automobile, qui reste, avec 12.000 salariés, le premier site industriel français, devrait perdre entre 500 et un millier d'emplois, selon les syndicats, dont 400 en recherche et développement, un secteur jusqu'ici épargné.

"Le prochain bureau d'études sera créé en Inde. C'est évident que la production part peu à peu à l'étranger", estime Xavier, technicien études qui préfère taire son patronyme comme la plupart des salariés interrogés.

"De toutes façons, c'est écrit dans nos contrats: on doit pouvoir partir à l'international", ajoute ce trentenaire.

L'hypothèse d'une délocalisation ou d'une externalisation des études n'est plus taboue même si elle n'est pas considérée comme la plus probable.

"L'objectif d'une entreprise comme Peugeot, c'est de produire des voitures, pas forcément de tout concevoir", admet un collègue de Xavier qui, comme lui, représente la génération montante.

"Les gens ont quand même été surpris. Ils ne pensaient pas que ce serait de cet ordre-là", souligne Pierre Fiorini, délégué CGT au centre de recherche de Belchamp qui emploie 1.500 personnes non loin de Sochaux.

DÉPARTS VOLONTAIRES

PSA a précisé mardi que les suppressions de postes s'effectueraient sans licenciements mais par le biais de départs volontaires et de mutations sur des postes vacants, du moins pour les 1.900 salariés en CDI concernés en France.

Pour les 800 intérimaires comme pour les 2.300 prestataires extérieurs, des ingénieurs et des techniciens sur lesquels pèsera l'essentiel des économies à venir, l'avenir est plus incertain.

"On travaille là où sont implantées les nouvelles unités. Je vais devoir aller encore plus loin à l'étranger", maugrée, sous couvert d'anonymat, ce technicien supérieur qui habite l'Oise et travaille pour un sous-traitant.

Le groupe automobile va-t-il déléguer partiellement la conception de ses véhicules à ses prestataires de service au lieu de leur louer leur matière grise ? C'est ce que croit la CFE-CGC.

"On copie un peu le modèle VAG (Volkswagen) qui conçoit ses véhicules plus rapidement et avec moins de moyens dédiés, mais qui sous-traite davantage la R & D (recherche et développement)", estime Jacques Mazzolini, délégué central du syndicat de l'encadrement.

"Il est rassurant que l'entreprise se soucie de son avenir, mais on n'est pas VAG. Cela créera un système de dépendance qui ne sera pas forcément en notre faveur", ajoute-t-il.

"ILS VERRONT CE QUE C'EST"

Bruno Lemerle, responsable de la CGT de PSA Sochaux, pense plutôt que les réductions d'effectifs pèseront sur les conditions de travail des cols blancs.

"Ceux qui partent n'étaient pas là pour rien. Il y aura inévitablement un alourdissement des charges de travail pour ceux qui restent", affirme-t-il.

A moins que ces salariés extérieurs soient rappelés au bout de quelques mois, comme ce fut le cas en 2008, après que leurs employeurs eurent accepté de serrer leurs coûts, estime Pierre Fiorini.

Daniel Lamarre est le seul salarié non syndiqué qui ait accepté de donner son nom à Reuters.

Cet ouvrier de 58 ans part en retraite la semaine prochaine après 40 ans chez "Peugeot", le seul nom sous lequel on connaît ici l'usine de Sochaux.

Ce monteur en ligne, qui bénéficiera de la prime de licenciement accordée aux départs volontaires, s'inquiète pour ceux qui resteront, les jeunes dont on va "profiter", selon lui.

Il est moins tendre pour les cols blancs aujourd'hui menacés.

"C'est toujours les ouvriers qui se sont fait avoir. Pour une fois c'est eux. Ils verront ce que c'est", remarque-t-il.

édité par Patrick Vignal

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