Jusqu’ici Bernard Kouchner a bénéficié d’un soutien politique quasi-unanime, dans la majorité comme dans l’opposition (à l’exception notable d’Arnaud Montebourg au PS).

Le véritable sujet, à savoir les relations d’affaires entre d’éminents représentants de la « Françafrique » et un homme devenu ministre des affaires étrangères ayant construit toute sa carrière sur « la défense des victimes » et des droits de l’Homme, a souvent cédé la place dans la presse aux « contre-feux » médiatiques du ministre (le prétendu antisémitisme de Pierre Péan), ou à la polémique sur la vision, certes contestable et contestée, de Pierre Péan concernant le génocide rwandais.

Après la « mousse médiatique », l’affaire Kouchner semble, pour l’instant, faire long feu.

Bruno Ben Moubamba :

Bernard Kouchner doit démissionner

Pourtant, pour le militant associatif gabonais, Bruno Ben Moubamba, ces liens privilégiés entre Bernard Kouchner, Omar Bongo et Denis Sassou-Nguesso devraient désormais contraindre le ministre des affaires étrangères à quitter ses fonctions : « On ne peut pas avoir la dictature sélective et vendre son âme au diable.»

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Bruno Ben Moubamba

Quand l’entourage d’Omar Bongo menace la France d’un « grand déballage »

Cette « affaire Kouchner » cache également des règlements de comptes au sein du petit monde « françafricain. » Libreville ne comprend pas que Paris n’ait toujours pas écarté définitivement la menace d’une enquête judiciaire sur les biens mal acquis d’Omar Bongo et Denis Sassou-Nguesso. D’où la volonté d’Omar Bongo, ou de ses proches, de faire passer certains « messages » à Nicolas Sarkozy, qui doit se rendre, fin mars, dans la région.

Ainsi, la semaine dernière, la fille du président gabonais, Pascaline Bongo, a fait changer à la dernière minute la « une » d’un journal gabonais, « Le Nganga », afin d’insérer un article menaçant de révéler l’argent gabonais qui serait allé dans la poche de certains « décideurs » français.

Voir l’ancienne « une » du journal. Voir la « une » remaniée du journal. L’article en question est en bas, à droite.

Dans cet article intitulé « Quel Français n’a jamais goûté au Bongocéfa ? » [NDR : l’argent de Bongo], sont notamment montrés du doigt « ces hommes d’affaires Français qui font florès au Gabon, et qui ont acquis des privilèges grâce à la magnanimité d’OBO. » [Omar Bongo Ondimba] Et de citer « le monopole de Veolia » dans le domaine de l’eau, ou encore les entreprises françaises du « BTP » et de « la grande distribution » qui « tirent un maximum de profit de l’argent de l’Etat gabonais » , au détriment des « américains » et des « chinois. » Le message est clair : Libreville menace de mettre des contrats commerciaux dans la balance… « Mieux, quand on regarde les hommes politiques Français , poursuit l’article, qui peut lever son petit doigt, pour démentir qu’il n’a pas été gâté aux délices d’Omar Bongo. A chaque élection présidentielle en France, il y en a même qui bénéficient des largesses d’OBO. »

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Dans sa dernière édition (datée du vendredi 20 février 2009), « Le Nganga » frappe encore plus fort en titrant, pleine page, à la « une » : « La France ne veut plus du Gabon ! »

Dans cet article au vitriol sont vilipendés les acteurs de la société civile gabonaises, la presse française « barbouze de la plume » qui s’en prend « de manière injurieuse, irrespectueuse, outrecuidante » à Omar Bongo, « les 10 000 Français qui vivent ou s’enrichissent au Gabon par l’entremise des grands groupes Français, Bouygues, Vinci, Total » , ou encore Bernard Kouchner « qui après un audit sur la situation sanitaire du Gabon n’a pas craché sur le milliard et quelques que l’Etat gabonais a payé pour son expertise. » Même les proches de Nicolas Sarkozy ne sont pas épargnés, le journal gabonais recommandant à la presse française de « s’interroger sur l’hôtel particulier de Carla », au lieu de s’intéresser au patrimoine immobilier de Bongo.

Cette affaire aura-t-elle des conséquences politiques pour Bernard Kouchner ?

Lors de son intervention télévisée, le 5 février dernier, Nicolas Sarkozy a maintenu « totalement » sa confiance à son ministre des affaires étrangères, écartant la question éthique posée par cette affaire : « Il me dit qu’il n’y a aucun conflit d’intérêt, je le crois, et je lui maintiens ma confiance , a déclaré le chef de l’Etat. Monsieur Kouchner a-t-il des ennuis avec la police ? Monsieur Kouchner a-t-il des ennuis avec la justice ? Non. Un monsieur fait un livre, il ne m’appartient pas de juger de la qualité de ce livre. Dans ce livre, ce monsieur dit que monsieur Kouchner n’a rien fait d’illégal et le petit système médiatique s’emballe et accuse monsieur Kouchner. Je devrais dire, moi, au ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui a eu le courage d’apporter son talent, et il est grand, au service de la politique étrangère de la France, que je le lâche parce qu’il y a un livre qui a été fait ? »

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La presse anglo-saxonne, qui a traditionnellement la dent beaucoup plus dure sur les questions de conflit d’intérêt, s’est montré, à cet égard, beaucoup plus incisive qu’en France sur « le cas Kouchner. »

Les Etats-Unis, ont récemment montré un tout autre exemple.

Ainsi, début février, Tom Daschle a renoncé à son poste de secrétaire d’Etat à la Santé, suite à un impayé d’impôts de 120 000 dollars. Auparavant, il avait annoncé que son épouse quittait son travail de lobbyiste pour cause de conflit d’intérêt. Quant à Nancy Killefer, qui devait diriger le programme de lutte contre les gaspillages de l’administration, elle a écrit une lettre au président Obama pour renoncer à son poste, à cause d’un litige fiscal qui causerait, selon elle, « une diversion et un retard dans sa mission qu’il faut absolument éviter. »

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Une autre planète…

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