Dès l’enlèvement des moines, le général Philippe Rondot est en première ligne dans ce dossier pour le compte de la DST (Direction de la surveillance du territoire), alors en lien étroit avec le DRS, le renseignement algérien.

A l’époque, le DRS refuse toute relation avec la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), les services secrets français qui seront finalement activés dans ce dossier par le Premier ministre, Alain Juppé. L’un des chefs du DRS, le général "Smaïn" Lamari est en contact régulier avec Rondot, qui se rend à Alger du 5 au 7 avril 1996.

Les notes déjà déclassifiées font apparaître une certaine amertume du général Rondot, vis-à-vis des autorités algériennes. Ainsi dans une note "confidentiel défense" du 8 avril 1996, Rondot écrit :

Restons donc prudents dans nos analyses et circonspects par rapport au ‘‘produit’’ livré par la DCE [le contre-espionnage algérien], tout en nous préparant au pire.

Dans une autre note du 10 mai 1996, Rondot détaille ses « considérations (amères) sur la gestion de l’affaire des moines de Tibéhirine », souhaitant ne plus demeurer « dépendants –au plan du renseignement et de l’action– des Services algériens », qui, écrit Rondot, « peuvent être, en effet, tentés de régler brutalement ce qu’ils considèrent comme un simple ‘‘fait divers’’ (selon une formule entendue) ».

Dans un troisième document déclassifié adressé au direteur de la DST, Philippe Parent, le 27 mai 1996 (après la diffusion du communiqué 44 du GIA annonçant la mort des moines), Rondot évoque « la relative tolérance » des services algériens dont a bénéficié le GIA de Djamel Zitouni « pour des raisons d’ordre tactique. »

Dans ce document de 5 pages du 27 mai, Rondot explique également avoir reçu, le 21 mai 1996 à 19h30, un fax chiffré du général Lamari expliquant avoir localisé les moines, « à Tala Ser, détenus par le groupe El-Khadra, dépendant de Djamel Zitouni » Rondot le presse d’agir, dès le lendemain matin, par fax crypté. Mais il n’obtiendra aucune réponse, comme Rondot le reconnaîtra devant le juge Trévidic, le 27 septembre 2010.

Dans cette note, le général Rondot, amer, résume :

Le sort des sept moines ne semblait pas devoir être considéré, par les responsables militaires algériens, comme plus important que le sort d’autres.

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