De nouveaux documents de la DST déclassifiés dans la procédure judiciaire mettent, une nouvelle fois, en lumière le double-jeu des services algériens dans l'affaire des moines.

La localisation supposée des moines

Le premier document déclassifié précise, selon le renseignement algérien, la localisation supposée des moines, avant leur mort.

Cette note du 22 mai 1996 « à l’attention particulière du Général [Philippe] Rondot » explique que selon un « terroriste repenti » les moines auraient été « enlevés par le terroriste Maizi Mohamed, alias Abou Hareth. » Ils auraient ensuite été « dirigés à l’issue de Médéa, vers les hauteurs de Bougara (Blida) » puis « séquestrés au lieu-dit Tala Ser (fontaine secrète) par les éléments de la Katiba (compagnie) « El Khadra », sur injonction de l’émir du GIA, Zitouni Djamel. »

Ce document précise qu’ « en ce lieu, se trouve aussi une maison qui sert de "prison" aux moines » : « nos investigations se poursuivent », assurent les « services » algériens à la DST.

En réalité, le sort des moines est probablement déjà scellé…

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Interrogé par le juge Trévidic sur ce lieu-dit de « Tala Ser », cité par les « services » algériens comme l’endroit où sont censés se trouver les moines, l’ancien sergent-chef Abdelkader Tigha explique qu’il ne se « souvien[t] pas de ce nom (…) Les terroristes ne font que parler de manière codée, dit-il (…) Tous les dix kilomètres, on retrouve un nouveau code (…) Notre travail d’investigation consistait en effet à trouver la signification des codes. »

La note du général Rondot

Autre document déclassifié, une note du général Rondot du 23 mai 1996 adressée « à l’attention personnelle du Général Smain Lamari. »

Après l’avoir remercié pour son « très intéressant message (…) précisant la localisation et les conditions de détention des moines », Rondot interroge Lamari : « Avez-vous une idée sur l’exploitation opérationnelle qui pourrait être faite de ce renseignement ? » Il s’inquiète également de n’avoir « toujours pas reçu de nouveau signal du GIA », alors que « seules quelques démarches d’origine religieuse ont eu lieu en direction de la mouvance islamiste pour assurer la survie des otages. »

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Le général Rondot a-t-il vraiment pris au sérieux les dernières « informations » du général Lamari sur les moines, localisés à Tala Ser ? C’est peu probable. Cet hypothétique « espoir » fut, de toute façon, de courte durée, étant donné le silence algérien qui a suivit la requête de Rondot concernant « l’exploitation opérationnelle qui pourrait être faite de ce renseignement. »

Conversation téléphonique

Dernière note déclassifiée : une synthèse en cinq points, datée du 24 mai 1996, détaillant une conversation téléphonique entre Philippe Rondot et le général Lamari, alors que l’exécution des moines a été annoncée par le communiqué n°44 du GIA, daté du 21 mai 1996.

« Le communiqué n°44 est sans aucun doute authentique », assure, en premier lieu, le général Lamari à Rondot. Pourtant, l’authenticité de ce communiqué est sujette à caution.Ainsi, lors de sa déposition devant le juge Trévidic, le général François Buchwalter, ancien attaché de défense à l’ambassade d’Alger, faisait part de ces sérieux doutes concernant ce communiqué du GIA : « En fait, il y a eu deux versions de ce communiqué 44, explique le général Buchwalter. J’ai eu la première version, je crois par un journaliste. J’ai donné cet exemplaire à un islamologue, M. Ferrrandi. Il m’a dit que mes islamistes n’étaient pas doués, car il y avait une erreur dans le verset cité du Coran. Puis, une deuxième version de ce communiqué, corrigé, sans l’erreur de référence du verset du Coran, est arrivée par le canal habituel. C'est-à-dire qu’il a été envoyé à la station Médi-Un à Tanger, qui recevait habituellement les communiqués et les répercutait sur la presse. »

Autre aspect détaillé dans ce document déclassifié du 24 mai 1996 : l’exécution des moines. Elle est présentée par le général Lamari comme une simple conséquence de la lutte contre les groupes islamistes :« Il n’y a pas de raison particulière à l’exécution des moines, explique ainsi le général Lamari à Rondot. Selon l’officier algérien, c’est ‘‘le harcèlement sur le terrain qui en est sans doute la cause principale’’. En effet, la gestion au quotidien de sept otages âgés et donc difficile à déplacer était probablement devenue une charge trop lourde pour des maquisards traqués. »

Autrement dit : le GIA aurait exécuté les moines, sous la pression des militaires algériens qui, officiellement, « quadrillent la zone », « du sud de Bougarra jusqu’à l’est de Médéa » et dont « la stratégie d’ensemble consiste à profiter de l’éclatement des groupes du GIA », note encore ce document déclassifié.

Le téléphone satellite "indétectable" de Djamel Zitouni

« En ce qui concerne les dépouilles des moines, le Général Smain dit qu’elles sont recherchées activement, écrit encore Rondot dans cette note, mais qu’il y a peu de chances pour les retrouver dans l’immédiat, compte tenu de la nature du terrain et de la pression désormais forte exercée sur Djamel Zitouni. On ne peut exclure toutefois que ce dernier les expose ici ou là. C’est parfois sa pratique. »

De façon difficilement compréhensible, les autorités algériennes se disent incapables de localiser un Djamel Zitouni, pourtant présenté comme disposant d’un téléphone satellite !

« Djamel Zitouni dispose d’un téléphone satellisé alimenté par un groupe électrogène, écrit Rondot, auprès de qui « le Général Smain se plaint de ne pas disposer des moyens nécessaires pour localiser ce portable. » Rondot note, dans la foulée : « Est-ce techniquement possible ? », avant, semble-t-il, de faire part de son scepticisme sur l’impuissance supposée des services algériens à localiser Zitouni, avec cette formule ambigüe : « Sur ce point, on note une requête voilée de la part du général algérien. »

« En cas d’évènement particulier, le Général Smain se manifestera comme, dit-il, il l’a toujours fait », écrit, en conclusion, le général Rondot.

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En juillet 96, les autorités algériennes annoncent la mort de Djamel Zitouni, officiellement tué dans le maquis, pour certaines sources liquidé par le DRS. Sa disparition a dû arranger beaucoup de monde…

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