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les pakistanais aux urnes pour un scrutin sous tension
les pakistanais aux urnes pour un scrutin sous tension © reuters

Les partis de l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif et de l'ex-star du cricket Imran Khan semblent être largement en tête des élections législatives de samedi au Pakistan, selon un dépouillement partiel des suffrages.

Ce scrutin historique - c'était la première fois que les élections avaient lieu au terme normal de la législature - a été endeuillé par la mort d'au moins 17 personnes dans une série d'attentats et de fusillades. Les taliban avaient promis de perturber les opérations.

La participation a été importante dans les 70.000 bureaux de vote où 86 millions d'électeurs étaient inscrits. Selon les premiers résultats, le parti de Sharif, la Ligue musulmane (PML-N, opposition) est en tête mais pourrait perdre quinze sièges dans son fief du Pendjab au profit du Tehrik-i-Insaf (PTI), la formation d'Imran Khan.

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Des chaînes de télévision donnent pour leur part le PTI en tête dans une cinquantaine des 272 circonscriptions.Les spécialistes pensent que le PML-N obtiendra le plus de sièges au Parlement mais que le PTI pourrait le priver de la majorité. Actuellement au pouvoir, le Parti du peuple pakistanais (PPP) du président Asif Ali Zardari, veuf de Benazir Bhutto, arriverait en troisième position.

Un attentat contre les locaux du Parti national Awami (PNA) a fait onze morts et une quarantaine de blessés à Karachi, quelques heures après l'ouverture du scrutin. Trois autres explosions qui ont fait deux blessés y ont retenti par la suite et la presse locale fait d'état d'une fusillade.

Un échange de tirs a par ailleurs fait quatre morts dans la province du Baloutchistan. Une autre représentation du PNA, mouvement laïque et nationaliste, a été détruite dans le Nord-Ouest, où plusieurs blessés sont signalés. Attentats des talibans

Enfin une explosion a également fait un nombre indéterminé de victimes à Peshawar, chef lieu de la province de Khyber Pakhtunkhwa, l'une des zones tribales du Nord-Ouest où les talibans sont omniprésents.

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Depuis avril, les actes de guérilla imputés à la milice islamiste ont fait plus de 120 morts et l'insécurité a contraint bon nombre de candidats à renoncer à mener campagne ouvertement. Les extrémistes, pour lesquels les élections ne servent que les intérêts des "infidèles", ont interdit aux Pakistanais de se rendre aux urnes.

les pakistanais aux urnes
les pakistanais aux urnes © reuters

L'insécurité en est certes l'un des grands enjeux de ce scrutin, mais la crise économique, le chômage, la corruption et les pannes d'électricité inquiètent tout autant. Beaucoup jugent le gouvernement sortant, le premier a être allé au bout de son mandat de cinq ans, responsable de la situation et sont tentés par le vote-sanction.

L'ancien Premier ministre Nawaz Sharif, chef de file de la Ligue musulmane (LMP-N) et de l'opposition, qui n'est pas en bons termes avec les militaires, est donné largement favori.

Si les militaires, longtemps tout puissants, tiennent aujourd'hui à se poser en simples observateurs, ce serait une erreur d'en déduire qu'ils ont perdu de leur influence sur la vie politique. Quel que soit le prochain gouvernement du Pakistan, ses pouvoirs seront limités.

Une période délicate

Pour ce qui est de la politique étrangère et de la défense, l'armée aura toujours la haute main sur les décisions, notamment en ce qui concerne les relations chaotiques avec Washington, alors que les soldats de l'Otan poursuivent leur retrait de l'Afghanistan voisin, et avec l'Inde, autre puissance nucléaire militaire de la région.

Pour de nombreux spécialistes, une victoire de Nawaz Sharif pourrait amener une période de grandes tensions entre le pouvoir civil et l'armée.

Les puissants services de renseignement de l'armée (Inter-Services Intelligence, ISI) sont considérés comme un "Etat dans l'Etat", qui maintient sous sa coupe de nombreux hommes politiques.

Le général Ashfaq Kayani, chef d'état-major de l'armée présenté comme un homme posé et réfléchi, répète depuis cinq ans que les militaires n'ont pas à diriger le gouvernement. Il doit prendre sa retraite en novembre. Le prochain gouvernement devra approuver la nomination de son successeur, qui interviendra à un moment très délicat en raison du retrait des forces occidentales d'Afghanistan.

Pour certains analystes, les militaires préféreraient qu'aucune majorité parlementaire claire ne sorte des élections de samedi. Ils souhaiteraient, dit-on, que l'ex-star du cricket Imran Khan, reconverti dans la politique, joue le rôle d'arbitre dans la nouvelle assemblée.

Ce dernier préconise d'abattre les drones américains à la pointe de la lutte contre la guérilla et de retirer les forces gouvernementales déployées dans les zones tribales pachtounes où les extrémistes islamistes sont omniprésents.

Un pouvoir judiciaire renforcé

Longtemps considérée comme l'unique institution efficace du pays, l'armée a subi une lourde humiliation en mai 2011, lorsqu'Oussama ben Laden a été tué par les forces spéciales américaines lors d'une opération menée à son insu à Abbottabad, une ville de garnison.

Parallèlement, le pouvoir judiciaire, autrefois sous la coupe des militaires, cherche à s'en émanciper. En 2007, le juge de la Cour suprême Iftikhar Chaudhry, hostile aux ingérences de l'armée dans la vie politique, a été limogé après s'être opposé à la prolongation du mandat du dirigeant militaire de l'époque, Pervez Musharraf. A la suite de nombreuses manifestations de juges et d'avocats, il avait été réintégré.

Le général Musharraf, qui avait pris le pouvoir par la force en 1999, a dû démissionner en 2008. Après plusieurs années d'exil, il est rentré en mars au Pakistan dans l'espoir de se présenter aux élections législatives.

Au lieu de cela, il a été arrêté pour son rôle dans le bras de fer engagé entre le pouvoir et les magistrats en 2007, au moment de la proclamation de l'état d'urgence.

"Les militaires étaient habitués à ne rien craindre de la justice", explique un officier à la retraite. "Mais aujourd'hui les choses ont changé. La justice est forte et indépendante."

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