Fouilles défaillantes pendant l'Euro de foot, nombre d'agents insuffisant, absence d'autorisations professionnelles...la Cour des comptes épingle les entreprises de sécurité privée dans une enquête inédite. À l'heure où, sous la menace terroriste, elles se substituent de plus en plus à la police et à la gendarmerie.

Un chien de détection d'une compagnie privée et son maître lors d'un match amical précédant l'Euro 2016 (photo d'illustration)
Un chien de détection d'une compagnie privée et son maître lors d'un match amical précédant l'Euro 2016 (photo d'illustration) © Maxppp / PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN

Le Cour des comptes s'est penchée pour la première fois sur le secteur des entreprises de sécurité privée, dont la croissance est en forte hausse depuis les attentats en France et qui doivent suppléer, de plus en plus, les services de police et de gendarmerie.

Des fouilles jugées "défaillantes" dans les fan-zones de l'Euro à St-Étienne

Les rapporteurs de la rue Cambon ont soigneusement épluché les rapports de préfecture concernées par les matchs de l'Euro de football 2016 en France. Dans une majorité des cas, il est question de dysfonctionnements en série à l'entrée des stades et des fan-zones. La qualité des palpations est à revoir, par exemple à Saint-Étienne où les contrôles sur au moins deux matchs ont été qualifiés de "défaillants", avec notamment des hooligans croates et slovaques qui ont pu faire rentrer tout un stock de fumigènes. 

Dans d'autres cas, les enquêteurs de la Cour des comptes évoquent un nombre d'agents moins important que prévu initialement dans les contrats. Plus grave encore, certains agents de sécurité ont exercé sans autorisations professionnelles...

Un constat qui ne doit pas surprendre les professionnels du secteur puisque lors des assises de la sécurité privée, lundi 5 février, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (Cnaps) a précisé que la moitié des sociétés du secteur étaient en infraction sur l'ensemble des contrôles effectués depuis deux ans. À Marseille ou encore en Seine-Saint-Denis, certaines affaires se sont même terminées par des enquêtes de police pour racket sur des chantiers de rénovation urbaine. 

Le Cnaps mis en cause par les Sages

Malgré le dynamisme affiché du secteur (un chiffre d'affaire en hausse de 10% entre 2014 et 2016 et une hausse des embauches de 4,5% entre 2015 et 2016), les magistrats financiers pointent la fragilité des entreprises : 67% d'entre elles n'ont aucun salarié et 43% du chiffre d'affaire est réalisé par les 36 plus grosses entreprises. Le tout pour une rentabilité estimée à... 1%. Pour la Cour, les résultats du Cnaps (dont le président jusqu'à fin décembre était le criminologue Alain Bauer) "ne sont pas à la hauteur des attentes" et ne "permettent pas d'opérer une véritable sélection à l'entrée de la profession, ni de l'assainir par des contrôles efficaces". 

Les rapporteurs demandent à l'État de renforcer le "pilotage" sur ce secteur. D'ailleurs Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur, s'est engagé à améliorer la structuration de la sécurité privée. Une mission parlementaire vient d'être créée dans ce sens. Elle sera dirigée, entre autres, par l'ancien patron du Raid et député LREM Jean-Michel Fauvergue.

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