par Jonathan Gleave et Sarah Morris

MADRID (Reuters) - Les conservateurs du Parti Populaire (PP) semblent avoir remporté dimanche une victoire écrasante aux élections législatives anticipées en Espagne en profitant de la colère de la population envers le gouvernement socialiste pour sa gestion de la crise économique.

Selon les estimations de la radiotélévision publique RTVE, le PP a recueilli 43,5% des suffrages et va disposer d'une majorité absolue au sein du Congrès des députés, avec entre 181 et 185 élus sur 350. Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) enregistre son plus mauvais résultat depuis l'instauration de la démocratie à la fin des années 1970, avec un groupe réduit à 115-119 députés.

Par une journée pluvieuse marquant le 36e anniversaire de la mort du dictateur Francisco Franco, les Espagnols se sont rendus aux urnes dans un climat maussade et de résignation, avec un chômage atteignant des sommets, des coupes dans les dépenses publiques et un endettement plaçant leur pays au premier rang de la crise au sein de la zone euro.

"On peut choisir à quelle sauce on va être manger, mais on va être mangé de toute façon", a résumé Jose Vasquez, 45 ans, qui a voté tôt à Madrid.

Le résultat des élections promet des jours encore difficiles.

Mariano Rajoy, qui, en tant que patron du PP, devrait devenir le prochain chef du gouvernement, a promis de mettre en oeuvre des mesures d'austérité draconiennes pour tenter d'apaiser les investisseurs. Sa majorité absolue à la chambre basse du parlement devrait lui offrir les coudées franches pour appliquer sa politique.

"Je suis prêt à faire ce que les Espagnols souhaitent", a-t-il dit après avoir déposé son bulletin dans l'urne dans le quartier huppé d'Aravaca, à Madrid.

RASSURER LES INVESTISSEURS

Après deux échecs législatifs face aux socialistes, l'ancien ministre de l'Intérieur, âgé de 56 ans, ne devrait pas prêter serment avant le mois de décembre. Il devrait toutefois s'employer dans l'intervalle à rassurer les marchés obligataires en dévoilant en amont ses mesures pour réduire le déficit public et stimuler la compétitivité du pays.

Signe de la nervosité des investisseurs, les obligations à 10 ans espagnoles se sont échangées cette semaine à un taux proche de 7%, au plus haut depuis la création de la zone euro.

Les Espagnols reprochent au gouvernement sortant d'avoir tardé à réagir pour redresser l'économie et juguler le chômage dont le taux (21%) est le plus élevé de l'Union européenne. L'électorat traditionnel des socialistes fait en outre grief à José Luis Rodriguez Zapatero, chef du gouvernement sortant, d'avoir subitement imposé en mai 2010 le tournant de la rigueur.

Malmené par la crise, ce dernier a décidé de ne pas briguer de troisième mandat et les socialistes avaient placé leurs espoirs dans Alfredo Perez Rubalcaba, qui a peiné toutefois à se démarquer du Premier ministre sortant.

Contrairement aux Grecs dont les manifestations anti-austérité ont provoqué une crise politique, les Espagnols semblent prêts à se serrer la ceinture et à subir des coupes budgétaires dans les domaines de la santé et de l'éducation sur fond de crise de la dette qui a eu raison des gouvernements grecs, portugais, italiens et irlandais.

A la veille des élections, quelque 200 manifestants issus du mouvement des "Indignados" se sont rassemblés à la Puerta del Sol à Madrid pour appeler au boycott des deux principaux partis du pays.

"La situation en Espagne n'est pas bonne et nous devons manifester", a dit l'un des manifestants, Luis Garcia. "Les deux principaux partis sont les esclaves des banquiers."

Relativement discrets lors de la campagne, les "Indignados" se disent prêts à manifester de nouveau une fois que le nouveau gouvernement aura présenté son plan d'austérité.

Eric Faye et Bertrand Boucey pour le service français

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.