"Opération frégates" à Genève

En effet, 48 heures avant l’entrée en vigueur de la directive OCDE, les « grandes manœuvres » sont également lancées dans le dossier des frégates de Taïwan.

Comme l’a reconnu devant le juge Trévidic, le directeur financier de DCNI, Gérard-Philippe Menayas, « la convention OCDE entrait en vigueur le 28 septembre 2000 et deux jours avant, je sais que Mme Gauthe, qui faisait partie de mon équipe juridique, se trouvait en Suisse pour interrompre les contrats avec M. Wang, dans les frégates de Taïwan. »

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Etait-elle également mandatée pour tenter de régler l’affaire du contrat pakistanais ?

« Il est possible qu’elle ait été chargée en plus de la mission d’amener ce projet transactionnel » , répond, sibyllin, Gérard-Philippe Menayas. On n’en saura pas plus.

Un versement de plus de 13 millions d’euros

En revanche, si l’on en croit un rapport de la police luxembourgeoise du 19 janvier 2010, (révélé par Médiapart le 2 juin 2010) que nous avons pu consulter, et dont l’agence AP citait une partie sur les frégates en juin 2010, un accord financier « strictement confidentiel » a bien été conclu le 28 septembre 2000 entre DCNI et l’homme d’affaire Andrew Wang, intermédiaire dans l’affaire des frégates de Taïwan, qui a empoché 500 milliards de dollars de commission, bloqués par la justice suisse.

Encadré Karachi Frégates
Encadré Karachi Frégates © radio-france

Encadré Karachi Frégates
Encadré Karachi Frégates © radio-france
### Le dossier des frégates comme « monnaie d’échange » ?

Dans leur rapport daté du 19 janvier 2010, les enquêteurs luxembourgeois expliquent qu’« il semble s’agir du dernier paiement dans le cadre d’une grande affaire de corruption, où une entreprise publique française DCN(I) fait un dernier paiement de plus de 13 [millions] d’€ à un intermédiaire » , en l’occurrence : Andrew Wang.

Les policiers luxembourgeois font une lecture très « politique » de cet accord saisi dans le coffre d’une succursale de la Banque générale du Luxembourg. Ainsi, pour eux, ce document « pourrait avoir été placé ici pour servir de monnaie d’échange ou de garantie à M. BOIVIN par rapport à ses anciens patrons. »

L’allusion à Jean-Marie Boivin renvoie à l’un des hommes-clés du dossier Karachi et, plus généralement, du monde de l’armement.

Boivin est l’un des acteurs de l’ombre de ces gros contrats, notamment à travers les sociétés Heine (créée en 1994), puis Eurolux (créée en 2001). A partir de 2004, Boivin est en litige financier avec DCNI. Après avoir menacé de révéler le « dessous des cartes » de certains contrats auprès des autorités françaises, et notamment auprès de Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur en 2006, Jean-Marie Boivin tente d’obtenir une indemnité de 8 millions d’euros, après un accord conclu sur l’île de Man en octobre 2009. L’avocat de Boivin, Philippe Lauzeral, assure aujourd’hui que la transaction financière n’aurait finalement pas eu lieu…

Cet accord final (« Final settlement ») rédigé en anglais, signé le 28 septembre 2000 à Zurich, prévoit qu’Andrew Wang et deux sociétés, « Cathay enterprise company Ltd » et « Buleverd company Ltd » abandonnent leur recours contre la Direction des constructions navales et DCNI en échange du versement de 13 872 861 euros.

Voir l’ « accord final » entre DCNI et Andrew Wang

Selon les enquêteurs luxembourgeois, ce versement « est également découvert dans les extraits bancaires de la DRESDNER BANK. »

Dans un mémorandum de 17 pages de Gérard-Philippe Menayas, daté du 13 juin 2008 (révélé le 13 septembre 2008 par Médiapart), la Dresdner Bank (citée dans le rapport policier luxembourgeois) est désignée par le directeur financier de DCNI comme l’une des« banques opératrices »(avec la Royal Bank of Scotland) dans les montages financiers opaques autour des contrats d’armement , grâce à « deux étages de société offshore, le premier constituant un coupe-circuit amont, le second un coupe-circuit aval » , comme Menayas le confirmera sur procès-verbal. « Pour accroitre la discrétion, chaque paiement était « splitté », ce qui rendait impossible toute traçabilité » , peut-on lire dans ce Mémorandum.

L’affaire de l’attentat de Karachi est encore loin d’avoir livrée tous ses secrets.

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