La variable d’ajustement : les jeunes Prenez le Fig-Mag que je lis religieusement chaque semaine : il ne surprend jamais. Cette semaine 1) il parle des sondages qui rejettent l’Islam 2) il interviewe MAM qui conte comment les chrétiens sont persécutés dans le monde 3) il raconte que Jean Jardin, directeur de cabinet de Laval était un type bien, un grand résistant et tout et tout, et bien plus courageux que tous ceux qui avaient fui à Londres le navire en train de couler et enfin, 4) il nous annonce la vie moyenne à 130 ans. Tous des Jeanne Calment ! Formidable, non ? La vie moyenne à 130 ans (et peut-être bientôt, les amis, si vous travaillez plus pour gagner plus, la vie éternelle !) est la vieille ritournelle du progrès, la tarte à la crème de la bénéfique croissance. Après quoi vous lisez Zemmour pour apprendre que les 35 heures sont la cause du mal français, puis d’Orcival pour comprendre qu’il faut plus de rigueur et moins de fonctionnaires, et c’est fini, à la semaine prochaine, vous avez lu et lirez le même journal répétitif et intrinsèquement réactionnaire. Et si la gauche était tout aussi réactionnaire ? si le fait de répéter « les musulmans sont des gentils », « les voyous de banlieue sont des victimes » et « la croissance ça crée des emplois » (ça c’est le point commun entre la gauche et la droite) relevait de la même bougonnerie réactionnaire ? Le bien-être des générations d’après guerre, en terme d’emploi notamment, a créé les mal être des générations d’aujourd’hui. Autrement dit les jeunes sont devenus une variable d’ajustement. L’irruption du chômage de masse s’est faite au détriment des jeunes générations. On pourrait en dire autant de la stagnation des salaires, du développement honteux des stages, moment d’exploitation pure et simple des plus faibles, de la précarisation du travail, et même des 35 heures qui ont profité à ceux qui étaient relativement nantis. Quant aux retraites précoces, elles pénalisent également les plus jeunes, les muets, ceux qui n’ont pas la parole. On pourrait ajouter que les générations gâtées d’après guerre sont devenues propriétaires, et que ce sont elles qui composent en partie les fameux « marchés financiers » et exigent des rendements élevés sur leurs économies. Et ces mêmes générations vont à Jarnac célébrer celui qui a mis la gauche au pouvoir, certes, mais a entamé le processus de trente ans de régression qui a conduit à la fatalité d’un fort chômage des jeunes, d’un enseignement dégradé et d’une désindustrialisation inquiétante du pays. Par un renversement incroyable, les anciens ont transféré sur leurs enfants la dette qu’ils avaient envers eux. Alors que la logique voudrait qu’ils leur laissent une nature en bon état, un système de santé et d’enseignement corrects, ils ont saccagé la nature et dégradé les conditions du travail et de l’enseignement. Et ils continuent de demander des intérêts sur leur rente dans le maintien du chômage et la précarité du travail. Les débiteurs se sont décrétés créanciers. Vous, les jeunes, vous devez payer pour nous, à vous de vous débrouillez plus tard pour faire payer vos jeunes à vous. Les cathos nous enseignent que la naissance est une faute, un péché (que l’on va laver par le baptême) et une dette que l’on a vis-à-vis des parents et du Père. La dette et la faute sont intimement liées. Tu dois à tes parents d’être sur cette terre. Pour rembourser ta dette, tu vas bosser et payer toute ta vie, mais, mon gars, on va te mettre la barre un peu plus haut : tu devras rembourser sans avoir d’emploi. Or les débiteurs ne sont pas ceux que l’on croit. Ce sont les parents, qui, faisant des enfants, empruntent, acceptent de signer pour un crédit, celui de laisser un monde correct, au moins aussi correct que celui qu’ils ont eu à leur départ dans la vie. En plus, pour rembourser toute sa vie, tu dois au moins avoir un travail. Les générations d’après guerre ont eu non seulement accès à l’emploi mais à la propriété : la dévaluation continue de l’argent leur permettait de ne plus avoir de traites à payer au bout de quelques années. La politique de la monnaie forte initiée par Delors en 1983 a été, encore, un poids ajouté sur les épaules des jeunes. Ainsi ces jeunes, que notre société prétend tant aimer (la révolution de la bourgeoisie n’est-elle pas celle de l’amour des enfants, de leur éducation et de leur protection, contrairement à l’Ancien Régime qui les laissait crever) sont plutôt les mal lotis de l’affaire. Et si nous détestions les jeunes, qui sont bruyants et odieux, comme en Algérie, où la politique de détestation des jeune est pire ? Le racket rentier des militaires algériens, leur corruption, leurs comptes en Suisse, saigne un pays dont la jeunesse n’a qu’un rêve, partir. Notamment en France ! Virer les Français pour çà, chapeau les militaires profiteurs de la rente ! Quant aux 130 ans que veulent vivre les vieux, ils sont encore un coup de Jarnac (oui, c’est facile...) vis-à-vis des jeunes. Non seulement les vieux piquent l’emploi des jeunes, mais en plus ils se font botoxer pour puiser dans le joli vivier de la chair fraîche. Jeunes, devenez aussi immoraux que les vieux !

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